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Le petit chewing gum de l’opéra

danseuse-doperaC’est après une petite assiette Franc Comtoise – pommes de terres/saucisses de Morteau/Cancoillotte (à l’ail)/salade (quand même) – que vous vint l’inspiration. Il était temps de parler sport. On passerait bien évidemment sous silence l’épisode du goûter : thé (sans sucre) avec assiette gourmande (mousse fruits de la passion/tarte normande/tarte aux fruits/pasteis de nata/tarte choco noisette), entourée de vos copines, aussi peu raisonnables que vous. Oui, décidément : il était temps de parler sport.

Bientôt devenue sosie officiel du bonhomme Michelin, vous vous dites, il y a trois mois, qu’il fallait faire quelque chose. Aussi avez vous agi. Vous avez repris la danse. Avec vos copines. Nan, parce qu’à un moment donné, souffrir, ok, mais souffrir seule, pas question.

Oui, la danse est un bonheur, mais, n’en déplaise à Karine – votre gentille et jolie et douée et patiente sainte prof -, lorsqu’il s’agit de vous contorsionner dans tous les sens, les abdos et les fessiers piquent un peu. Piquent beaucoup, en fait.

Karine vous enjoint d’être gracieuse, vous ne parvenez qu’à être grasseuse. C’en est désespérant.
Elle tente de vous faire tournicoter des hanches, vous tournicotez du bourrelet. Oui, le pneu situé au niveau de votre ventre. Celui là même. Cette petite bouée qui vous permet de flotter l’été dans l’eau, et de vous tenir chaud l’hiver. L’été aussi, me direz vous. Bref.

Vous vous demandez encore comment vous avez pu avoir une telle idée : vous mettre à la danse. Non pas que vous ne connaissiez pas le sujet, non. Vous avez des années de pratique derrière vous. Première position, porté de bras, rond de jambe, saut de chat, arabesque, pointe et demi-pointe. Et un jour, à l’adolescence, vous avez décidé que vous en aviez marre. Le jour où Colette vous colla un coup de bâton sur les gambettes, vous avez dit stop. Vous passeriez vos mardis soirs ailleurs que dans vos chaussons. De danse, s’entend.

Reprendre la danse. Cette folle idée germa en votre cerveau retord il y a un an. La discipline laissait en vous un petit goût doux-amer… Vous vous rappelez encore la passion qui vous habitait petite : vous regardiez l’album de « Martine, petit rat de l’opéra », et vous rêviez de tutus roses. Ceux avec du tulle tout raide autour de la taille. Mais vos parents vous avaient pondue grande et charpentée. Un physique d’agricultrice plutôt que de petit rat. Et cette douce et charmante Colette, votre prof de l’époque, alors que vous lui aviez confié votre rêve de devenir petit rat, au lieu d’encourager vos ardeurs qui auraient pu – au pire – vous conduire comme danseuse de revue, au mieux sur le plateau de « danse avec les stars » (oui, vous ne manquez pas d’ambition), stoppa tout net votre enthousiasme et vous brisa un peu les ailes. Autant dire que le jour où elle s’arma d’un bâton, il vous fut difficile de voir l’intérêt de la chose et de puiser en vous la motivation… Vous avez poursuivi quelques années la danse, pour finalement vous demander : à quoi bon ? Vous ne seriez jamais bonne à rien, le tutu n’était pas fait pour vous. Bien plus tard, vous avez choisi des études adaptées à votre physique et êtes devenue ingénieur agricole. Mais ceci est une autre histoire. Les études, ce sera pour le tome 2 de cette passionnante épopée qu’est votre vie.

Et puis l’an dernier, vos filles ayant atteint l’âge de supporter quelques coups de baguette sur les jambes, et ayant – du moins plus que vous – un physique à potentiel pour devenir petit rat de l’opéra, vous vous êtes dit qu’elle pourraient suivre les dignes traces de leur mère (voire même aller plus loin, ce qui n’était pas bien difficile) : vous les avez inscrites au cours de danse classique. En vrai, vous ne vous êtes pas dit ça. Mères parfaites, ne soyez pas choquées : vos filles, sans même avoir vu Ballerina, vous réclamaient à corps et à cris des cours de danse. Devenir Petit Rat témoignait d’un grand manque d’ambition à leurs yeux. Etoile était le minimum.

Karine entra donc dans votre vie. Direct, elle vous mit au parfum. Chignon de rigueur, et tenue imposée. Point de tutu « reine des neiges » possible. Ne pas arriver trop tôt. Ne pas courir partout. De la rigueur et de la discipline. Vous redoutiez le jour où vos filles goûteraient au bâton. Mais ce jour ne vint jamais. Bien au contraire. Au fil du temps, vos filles apprivoisèrent la danse, apprivoisèrent Karine, et inversement. Chaque soir, elles réclamaient le cours de danse. Chaque soir, vous décomptiez les jours. Même malades, les filles voulaient danser. Lapinette vous préparait de jolis spectacles dans le salon, et vous la trouviez gracieuses. Sa petite soeur était plus gauche, moins assurée, mais peut être encore plus passionnée…

Et petit à petit, voyant le bonheur de vos filles, et la gentillesse de Karine, l’idée folle de recommencer la danse s’immisça en vous. Bon, il est vrai, vous n’assumiez pas tout à fait l’idée de vous retrouver avec des danseuses averties autour de vous, aussi avez vous embauché vos copines. Et c’est ainsi que commença l’aventure le samedi matin : cours des petites à 09h30 et première tournée des bars pour les mamans et les grands. Cours des grands à 10h30 et deuxièmes tournée des bars pour les mamans et les petites. Papas au garde à vous à 11h30 pour récupérer la marmaille, et cours des mamans à 11h30. Une organisation maintenant bien rôdée.

Mais des bourrelets toujours là.

Tant pis, vous dansez sexy malgré tout. En string, même. Fut un temps où vos maris se faisaient des idées. Jusqu’au jour où ils découvrirent que le string n’était qu’un string de pieds. Danse contemporaine oblige. Bon, ok, vous avez eu du mal à vous faire à la discipline. Imiter le chewing gum fut l’une des expériences les plus déstabilisantes de votre vie. C’était ce matin. Ceci explique peut être votre craquage sur l’assiette Franc-Comtoise : il fallait vous en remettre. Clairement, vous vous demandez encore parfois si c’est la danse contemporaine qui n’est pas faite pour vous, ou si c’est vous qui n’êtes pas faites pour danse contemporaine, mais bon… En même temps, devenir petit rat de l’opéra paraissait hors de votre portée, que, flasque comme vous êtes, vous mettre dans la peau d’un chewing gum parait tout à fait dans vos cordes. Aussi avez vous décidé de vous accrocher. D’autant que la première partie du cours consiste à faire de la barre au sol. C’est comme faire de la barre à la verticale, mais à l’horizontale et sans barre. Logique. Ca non plus, vous n’avez pas tout à fait compris, mais au moins, vous rencontrez nettement moins de problème de choré, et – bien que ça ne change rien à l’apparence de votre ventre flasque et mou – dans la mesure où vous rentrez fourbue et pleine de courbatures, vous avez l’impression de vous façonner peu à peu un corps de déesse. Un peu à la « Pamela Anderson » lorsqu’elle court sur la plage, sauf que ce qui fait « flop, flop », ce ne sont pas vos gros nénés, ce sont vos bourrelets. Mais ce n’est qu’un détail mineur. Grâce à la danse, vous avez acquis cette certitude que : « est déesse celle qui se sent déesse ». Surtout si elle porte des strings de pieds. Bref, grâce à Karine, vous êtes devenue une déesse pleine de grâce grasse. Enfin à peu près.

En tout cas, la tournée des bars, c’est sympa, et à la danse, vous maîtrisez grave le chewing gum. C’est plutôt pas mal. Vous sentez que cette fois, vous avez de l’avenir.

 

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Une vie au conditionnel

Depuis hier, vous mesurez votre incroyable chance.
Non, chaque matin, on ne se lève pas en se disant que l’on est heureux.
Non, chaque soir on ne se couche pas en contemplant ses enfants et en savourant le bonheur que l’on a de les avoir en bonne santé.
Chaque minute de notre journée n’est pas consacrée à vivre pleinement les joies simples qui nous sont offertes, et pourtant…

La vie est tellement belle, lorsqu’aucun drame ne nous touche.
La vie est tellement belle, malgré le stress au boulot, la fatigue hivernale ou un découvert bancaire. Même en période de Noël. Oui, la vie est tellement belle pour vous…

Et elle peut être tellement injuste envers certaines familles.
Ces familles, cette famille, qui ne vit sa vie qu’au conditionnel…

Cette mère qui se demande « et si j’avais mené ma grosses à terme, comment aurait été ma vie ? »
Et qui s’interroge, quelques années plus tard « et si mon second enfant n’avait pas été handicapé, où en serait-il, aujourd’hui? Que pourra-t-il devenir demain ? »
La joie de cette famille, à la naissance du troisième enfant, un parcours du combattant, mais qui leur a permis de goûter au plus grand des bonheurs : être parents d’un enfant en bonne santé, qui pourrait soutenir son grand frère, le jour venu… Un avenir sans conditionnel s’offrait à eux. Enfin ils pouvaient conjuguer demain les deux pieds dans le futur, avec confiance.
Et ces parents, qui hier, n’ont rien compris, et qui, aujourd’hui, reprennent leur vie au conditionnel : « Et si  ce troisième enfant n’avait pas succombé à la mort subite du nourrisson ? »
Trop d’injustices sur une même famille. Trop de drames sur une même fratrie…
Cette vie qui ne suffira pas à répondre à leurs questions… « Et si, et si, et si… Et pourquoi ? « . Cette vie où le futur aura du mal à exister… Comment avoir confiance en l’avenir après cela ? Comment surmonter ?

Eux, face au reste du monde, impuissant. Face à cette douleur qui les submerge, les noie, les aveugle… Et les mots qui sont vains, la compassion qui agace, la main tendue qu’on regarde comme une main de marbre, froide, inutile… Que faire, face à de tels drames ? Que faire ?

 

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L’instant management

Vous vous trouvez aujourd’hui confrontée à une phase managériale compliquée. Oui, oui : vous parlez bien de vos enfants.

Car on ne va pas se le cacher, la Mère de Famille doit avoir certaines compétences managériales…

  • Un réel sens de l’organisation : bon, vous n’êtes pas spécifiquement à l’aise sur le sujet, mais vous réussissez l’exploit d’avoir toujours prévu suffisamment pour que vos filles aient tous les jours à manger dans leurs assiettes, et chaque matin des fringues propres et repassées (ouais, ça c’est la classe, je sais…)
  • De la ténacité :

« Lapinette, va au lit !
– Non !
– Lapinette, va lit !
– Non !
– Lapinette, va au lit !
– Non !
– Lapinette, si tu ne vas pas au lit, je le dis au Père Noël !
– Non, j’irai pas au lit !
– Lapinette, si tu ne vas pas au lit, j’appelle la sorcière !
– Ca existe même pas les sorcières ! J’irai pas au lit !
– Lapinette, va au lit ou j’appelle Papa !
– Oh oui ! Papa !! Mais non, j’irai pas au lit !
– LAPINETTE, TU VAS ALLER AU LIT, B*** DE M*** ! »
(ça pourrait parfois échapper à vos lecteurs, mais vous êtes pour l’éducation positive !)
Bref, vous êtes tenace. Elle aussi, c’est ça le problème.

  • Une certaine abnégation

« Mamaaaaaaaaaaan ! J’ai fait cacaaaaaaaa ! Tu peux venir m’essuyer les fesses ?
– Mais bien sûr ma chérie ! Avec plaisiiiiiiiiiir ! »

  • De la bienveillance

« Regarde, Maman, la jolie sculpture que je t’ai faite à l’école !
– Oh, mais c’est quoi, ma chérie ? On dirait… on dirait, euh… En tout cas, c’est un tas tout marron, c’est euh… comment dire…
– C’est toi…
– Ah, euh… Magnifique, ma chérie, mâââââââgnifiiiiiiique ! »

  • Etre force de proposition

« Les filles, j’ai une super idée : et si on rangeait la chambre, maintenant ?!!! Ce serait trop cool, non ?! »

  • Du dynamisme. Beaucoup de dynamisme. Principalement pour pouvoir survivre aux nuits sans sommeil.
  • L’envie de faire monter ses équipes en compétence

«  Ma chérie ! Et si on apprenait à lire ?!
– Naaaaannnnn…. J’ai pas enviiiiiie…. On peut pas faire du coloriage ?
– Euh… Si, c’est bien aussi, le coloriage. C’est très utile, de savoir colorier ! Allez, va pour le coloriage… »

 

Bref, vous connaissez donc une phase managériale compliquée. Vos filles sont insupportables en ce moment. La ténacité est une qualité que vous mobilisez particulièrement souvent. Avec autant de bienveillance que vous le pouvez.

Alors l’autre jour, vous avez invoqué l’aide du « Conseil ». Vos copines.

« Les filles, donnez-moi, s’il vous plaît, une solution moins radicale que de les balancer par la fenêtre ! Parce que bon… En face de chez moi, c’est la Police Judiciaire, alors le risque de se faire chopper est un peu gros… »

Certes… Mais que faire, face à un enfant enragé ?

« Enragé, dis tu ? s’enquit votre copine LittleHands (LittleHands, je vous en ai pas encore parlé, mais ça ne saurait tarder… C’est la Reine des Perles. Bref, je vous ferai un brief sur le sujet une prochaine fois)
– Oui. Complètement enragées. Elles se jettent par terre et hurlent à la mort. Possédées, même. Penses-tu que je devrais faire venir un exorciste ?
– Non… Je pense que tu devrais essayer le vermifuge !

Le Vermifuge… Mais oui, mais oui… Avait-elle, de son côté, essayé la drogue ? Vous doutez un instant de sa santé mentale… Elle s’en aperçoit…

-Mais je te jure ! Les vers, ça énerve les gamins ! C’est peut-être pour ça qu’elles sont insupportables !
– Tu es certaine que l’exorciste, c’est pas une meilleure idée ?
– Essaye, je te dis ! Ca ne va pas les tuer ! Tu verras bien ! »

Sceptique, vous passez au sujet suivant… L’exorciste c’est quand même pas mal, comme solution.

Le lendemain, votre délicieuse fille aînée, comme à son habitude à cette heure-ci, honore un moment fécale. Vous êtes préposée à l’essuyage, mais la laissez mouler sa sculpture tranquillou comme une grande. Et là, elle vous appelle d’une vois paniquée :

« Maman !!! C’est possible que j’aie des monstres dans mon caca ?
– Des monstres dans ton caca ?
– Ben oui, regarde ! Il y a des trucs blancs qui bougent ! »

Et donc, avec tout l’abnégation qui doit être celle d’une mère, vous vous penchez, le nez dans la matière fécale, pour observer les monstres.

Des vers.

Bon. Vous vous rendez à l’évidence : il va falloir annuler le rendez-vous avez l’exorciste…

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La réunion des relous

La rentrée est donc passée. Vous avez vécu des soirées délicieuses à remplir des formulaires en 15 exemplaires chacun, pour chacune de vos filles, soit x fois la même info à donner à l’école (oui, au bout du 20ème formulaire, vous portiez toujours le même prénom, et habitiez toujours à la même adresse. Note à vous même : suggérer à l’école d’investir dans un bon photocopieur. C’est bien, ça les photocopieurs…).

Vint alors l’heure des réunions de classe. Les maîtresses devaient expliquer le programme.

En grande section, le défi de la maîtresse de Lapinette ne serait pas de lui apprendre son alphabet en script ou en attaché, ne serait pas de lui faire comprendre comment les sons fonctionnent et se combinent entre eux, ni même de lui faire faire ses premières additions, non. Son défi majeur serait de lui apprendre à rester assise. C’est comme ça, l’Homme descend du singe, il y a des personnes chez qui ça se voit plus que d’autres, et Lapinette fait partie de ces gens là. Toujours en train de faire l’imbécile.

A la réunion de grande section, les parents avaient été plutôt cools. Bon, il y en avait bien un ou deux qui avaient râlé de savoir que des irréductibles parents amateurs de malbouffe comme vous distribueraient encore cette année des sachets de bonbons le jour de l’anniversaire de leurs enfants, mais les motifs de mécontentement n’allaient pas chercher bien loin. Ambiance cool et détendue pour les parents des grands.

En revanche, un nid de relous se cachaient dans la classe des « petits-moyens ».

Déjà voilà, « petits-moyens », ça avait fait râler. Pas vous, certes, votre fille est parmi les petits, et vous nourrissez l’espoir secret que la maîtresse vous annonce que vous avez mis au monde un génie qui pourra passer son bac à la fin de l’année, donc vous n’avez pas râlé qu’elle puisse profiter du savoir et de la grande sagesse des « moyens ». Mais les parents des moyens ont eu du mal à avaler la pilule… on tirait leurs enfants vers le bas. Et voilà un quart d’heure de perdu, passé à rassurer ces parents fort inquiets de savoir si leur enfant ne rétrograderait pas de score de QI à la fin de l’année. 2ème année de maternelle, quoi…

Next phase relou, donc. Quand la maîtresse annonça l’achat d’un tableau interactif pour la classe. De joie, vous faillites tomber de votre chaise taille mini (trop mini pour vos grosses fesses, d’ailleurs). Et là, THE Mère Relou première catégorie de balancer à la maîtresse : « Mais quand même, je ne remets pas en cause vos compétences (ben en fait, si), et vous connaissez mieux votre métier que moi (ben en fait… oui), mais je ne trouve pas que l’achat d’un tableau numérique soit un fin en soi… Ce qui compte, c’est la pédagogie ! ». Et là, la maîtresse a gardé le sourire. Une sainte, cette femme. Une sainte. Bien évidemment, connasse, que le tableau numérique n’est pas fait pour que ton gamin regarde Tchoupi toute la journée pendant que la maîtresse se la coule douce en salle des profs ! Nan mais allô ! Et la maîtresse d’expliquer tous les exercices interactifs dont son chiard allait pouvoir profiter grâce à la « tablette géante ».

Malheur ! La maîtresse utilisa malencontreusement le terme « tablette géante ». Et là, THE Père Relou (pas le mari de la Mère Relou, mais avec une compétence à la relouitude toute aussi développée) s’inquiéta : « Mais ils ne sont pas trop jeunes pour être devant des écrans à leur âge ?! ». Putain de Père Relou… Vous avez soupiré très fort. Et tenté d’encourager la maîtresse dans ses initiatives numériques : « Ah c’est génial ! Ah, ils vont pouvoir apprendre plein de trucs ! Ah c’est super ! Ecole numérique, tout ça, tout ça, poids des cartables et flexibilité de l’apprentissage… ! » Mais ces arguments ne touchèrent pas le moins du monde Père Relou et Mère Relou.

La maîtresse passa alors au sujet suivant. L’Education Nationale tente de suivre scrupuleusement les recommandations du Plan National Nutrition Santé. 5 fruits et légumes par jour, et pas de biscuit à la récré. Donc interdiction pour les enfants d’apporter des goûters à l’école. Non : l’école demande aux parents de donner un fruit le lundi, et l’ensemble des fruits sera partagé tout au long de la semaine entre les enfants. Vous, clairement, vous adorez l’idée. Vos filles reviennent de l’école en vous balançant que le kiwi c’est délicieux alors que vous n’en achetez jamais… C’est top !
Mais Père Relou, bien que pas réellement réfractaire à l’idée en soi, trouva une fois encore un motif d’exercer ses talents de relou. Parce qu’un jour, l’année dernière, son fils (ou sa fille, peu importe), revint de l’école avec ses fruits encore dans son sac le soir même. Et que si les maîtresses ne font pas attention, eh bien ça pourrit dans les sacs, et que c’est pas bien, et que ça sent mauvais dans les sacs, et que les petits les oublient, et donc quelle solution on pourrait trouver ? « Pourriez vous fouiller dans tous les sacs tous les matins pour voir si un fruit n’aurait pas été oublié par mon gosse ou moi même ? » Bref, donner des fruits aux gosses, dans ces conditions là, c’était problématique. Certes. Alors que faire ? Et là, Sainte Maîtresse de répondre : « Aucune solution n’est idéale, mais nous ferons attention, et nous ferons au mieux ».
Vous connaissant, si vous aviez été à sa place, vous l’auriez géré moins cool. Un petit « va faire ton relou ailleurs que dans ma classe » aurait parfaitement fait l’affaire. Mais vous laissez la maîtresse prendre ses marques parmi sa horde de parents.

Place à l’explication du plan Vigipirates. Dans les conditions édictées par l’Education Nationale, difficile d’envisager des sorties comme « au bon vieux temps », l’équipe pédagogique verrait au fil de l’eau quelle latitude leur serait donnée pour faire découvrir le « monde extérieur » à leurs élèves. Ouf, vous êtes rassurée : l’équipe enseignante est vigilante, et votre fille est protégée. Vous les aimez d’amour, ces maîtresses.

Mais Mère Relou ne l’entendait pas de cette oreille. Nan mais quel dommage que son fils (ou sa fille ??) ne puisse pas aller risquer sa vie à l’extérieur sous prétexte que de méchants barbus pourrait lui faire sauter la cervelle ou prendre la classe en otage pendant qu’elle ramasse des marrons dans le parc tranquillou !!! Nan parce que ramasser des marrons, c’est une expérience à ne pas rater, dans une vie ! Et la maîtresse d’expliquer : « Non mais rassurez vous, on fait faire des choses à vos enfants ! Pour le jardinage, on a fait un potager dans les espaces verts de la cour, pour la sortie à la ferme, on a fait venir les animaux de la ferme à l’école (même la vache, oui !), on les a même emmenés au cirque, on fait venir le Père Noël et les grands vont à la piscine… C’est juste que l’Education Nationale est prudente sur les sorties… Le contexte est compliqué, quand même, et notre responsabilité est grande… ». Et Mère Relou de rétorquer que découvrir le monde c’est teeeeeeellement merveilleux ! Oui, bon, bref… Ce sera la première à attaquer l’école s’il arrive quelque chose à sa progéniture (que vous espérez moins relou qu’elle). Vous ça vous va, les maîtresses savent ce qu’elles font et comment elles doivent gérer.

Enfin, arriva la phase conclusive de cet épanouissant moment relou. La maîtresse annonça que ça y est, la phase de pleurs de début d’année était terminée. Aaaaahhhh ! Avez vous fait : « Ca doit vous faire du bien, parce que c’est pas évident à gérer, les pleurs des petits ! ». Mais la Mère Relou ne l’entendait pas ainsi : « Quoi ?? Vous trouvez vraiment que les pleurs c’est terminé ? Nan parce que ce matin, quand j’ai déposé mon fils (ma fille ??), il y avait encore des enfants qui s’accrochaient à leurs parents ! C’est quand même violent pour les enfants, d’entendre les autres pleurer ! On ne pourrait pas faire quelque chose ?? »

Pour les enfants qui pleurent, vous ne savez pas, mais pour elle, vous entrevoyiez bien une solution : la dégager de la réunion afin qu’elle aille balancer son fiel ailleurs.

Jamais réunion de parents ne vous parût plus pénible. Pauvre maîtresse… Tout ce qu’elle disait était sujet à controverse, alors qu’elle désirait faire pour le mieux…

Non, parce qu’en plus, il faut bien l’avouer, en chaque parent sommeille un relou… Vous aussi vous avez eu vos petites tentations, au cours de la réunion. Notamment lorsque la maîtresse annonçait le programme, vous auriez bien crié à qui voulait l’entendre : « Ben ça, et ça, et ça, et ça… ma fille sait déjà le faire ! ». Parce que forcément, un parent fier est un parent relou. Mais vous vous êtes abstenue. Enfin presque. Vous avez juste tiqué lorsque vous avez appris qu’on attendait de votre fille qu’elle sache dénombrer des objets jusque 3. 3, sérieux… On veut faire de votre fille la future Nabilla ou quoi ? Alors vous avez demandé des précisions à la maîtresse : êtes vous sûre que ce n’étaient pas les objectifs de l’année dernière ? Non, non. Votre fille, au mois de Juin, devra savoir dénombrer des objets jusque 3… L’année mathématique risque d’être très longue… M’enfin … Vous ne serez pas ce parent relou. Alors vous n’avez rien dit.

Et le soir, en rentrant, vous avez soûlé votre Belle-Mère, en lui racontant cette horrible réunion où tous les parents étaient relous. Conclusion : vous n’êtes pas un parent (trop) relou, mais vous vous rattrapez en tant que belle-fille ! Pauvre Mamilou !

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Sous la jupe de ma fille

Titre prémonitoire, s’il en est, celui de votre dernier article annonçait la couleur.

4 Septembre, rentrée des classes.
Le week-end la précédent fut délicieux. Braderie de Lille : courage, fuyons !

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Direction Londres. Mari d’Amour, les filles à la vanille et Mamilou étaient du voyage. Et la chariote à vélo aussi. Sans le vélo. Curiosité aux yeux des londoniens qui vous regardaient passer l’air totalement ahuri devant ce drôle d’engin qui vous valut quelques félicitations dans les magasins : « great ! ». C’est clair, c’était great. L’idée du siècle, que vous aviez eue de l’emmener ! Quand le samedi soir, vous avez recalculé les kilomètres parcourus dans la journée, et que Google Map en affichait 23 – oui !!! 23 !!! – vous avez mentalement revécu votre journée sans l’option chariote et vous êtes laissée allée à la pensée que vous étiez véritablement un génie d’avoir rapporté l’engin. Un génie. Enfin rendons à César ce qui est à Mari d’Amour (il ne vous en voudra pas), car c’est bien lui qui a eu la fameuse idée qu’elle est bonne.

Purée, 23 kilomètres à pieds (en chariote pour les filles), vous en tombez de fatigue rien que d’y penser !

Vous passez bien évidemment les quelques détails de ce week-end : comme celui de vous être retrouvés perdus dans les rues de Londres sans l’adresse de l’appart que vous aviez loué, sans plan pour vous repérer, sans batterie dans votre téléphone pour regarder Google Map ou aller consulter l’adresse où vous deviez vous rendre, sans possibilité de recharger votre portable car vous n’aviez pas l’adaptateur de prise, ne pouvant compter que sur votre mémoire pour tenter de reconnaître la rue dans laquelle vous vous étiez garée le matin même. Gros moment de solitude à 5. D’engueulade aussi, sinon c’est pas drôle dans ces moments là. Si un petit « espèce d’abruti » ne vous échappe pas à un moment donné dans ce genre de situation, vous pouvez être sûr que ce n’est pas un épisode si savoureux que ça. Celui ci l’était, incontestablement. D’autant que Mamilou s’aperçut bien plus tard, bien après la fin de la bataille, qu’il lui restait encore 8% de batterie. Heureusement, Mari d’Amour et vous même avez appris à maîtriser vos pulsions meurtrières de façon remarquable. Seul un petit tic facial d’agacement aurait pu vous trahir, mais personne ne remarqua rien. Mamilou fut pardonnée, vous avez l’habitude des « Mamiloutades ».

De ce fait, quand Mari d’Amour – encore lui – vous tira de ce mauvais pas, vous poussâtes un ouf de soulagement. Poussâtes, quel mot délicieux, n’est-ce pas ?

Avec 23 kilomètres dans les pattes, inutile de préciser que vous vous contentâtes d’un plat cuisiné acheté au supermarché du coin. Contentâtes, j’assume. Inutile de préciser non plus, pour qui le connaît un tant soit peu, que Mari d’Amour ne réussit pas à attendre la sonnerie du micro-ondes, et qu’il ronflait bien avant que son plat ne soit réchauffé. Vous tentâtes – tentâtes, parfaitement ! – de le réveiller, en vain. Un vague « arrête de me faire chier » sortit de ses lèvres entre deux ronflements, vous n’insistâtes pas.

Et c’est à ce moment précis du récit que vous vous demandez comment vous en êtes arrivée à l’emploi du passé simple. Non, parce que soyons clairs, ça commence à vous gonfler sévère, ces conjugaisons à la noix.

Repassons donc au présent. Sans transition aucune.

Le lendemain, donc, vous vous réveillez dans votre appartement londonien, encore empli des effluves de plat cuisiné non consommé.

Aujourd’hui, vous prendrez la voiture, faut pas déconner. De plus, demain c’est la rentrée, il faut économiser vos forces ! De relève de la garde, en visites, de restos en boutiques, voici l’heure de repartir arrivée (remarquez un peu la figure de style dont vous ignorez le nom – si elle en porte un – : « l’heure de repartir arrivée ». Paul Eluard sors de ce corps ! Corneille, sors de ce corps ! Hugo, sors de ce corps !).

Sur la route vers le shuttle, vous manquez de vous tuer au moins dix fois, en raison de l’absurdité du code de la route anglais, leur imposant de rouler à gauche. N’a-t-on pas idée, franchement…

Bien évidemment, vous ratez le shuttle, sinon, ce n’est pas drôle.

Veille de rentrée, 21h30, vous retrouvez enfin le sol français et sa conduite à droite. 22h30, vous franchissez le seuil de votre appart, une fille endormie sous chaque bras.

Un peu tard pour une veille de rentrée, vous en convenez bien. Mais la braderie, ce n’était pas possible non plus. Aucun djihadiste n’a fait péter la ville, aucun mec bourré n’est venu se soulager dans le hall de votre résidence, aucun tas de moule ne trône dans votre salon, mais quand même. Vous vous félicitez de ce WE londonien.

Au dodo maintenant.

Et là, vous regardez le titre de cet article, et vous vous dites : mais où veut-elle en venir ? J’y viens, j’y viens.

Or donc, le jour de la rentrée arrive enfin. Car le fin mot de l’histoire est bien là, et il n’a strictement aucun rapport avec Londres.

Votre fille, un brin la tête ailleurs qu’entre les deux oreilles, se réveille avec difficulté. Déjeune encore endormie. Et s’habille. Une robe, des chaussettes, un gilet, ses petites couettes et sa culotte. Qu’elle oublie d’enfiler. C’est que le WE a Londres l’a toute retournée, la pauvre enfant…

Vous sommez votre progéniture d’aller faire un dernier petit pipi avant de partir au front. Lapinette – car il s’agit d’elle – vous hurle qu’elle n’a pas mis sa culotte. Vous lui en fournissez une autre, pas le temps de chercher la précédente, perdue parmi les coussins du canapé. Et pressez tout le monde de partir.

Sans un pleur, vos enfants entrent en classe. C’est limite vexant pour vous, cette indifférence, alors que tous les autres lardons suintent de larmes à l’idée de quitter leurs parents. Vous le ferez un jour payer à vos filles ingrates.

La journée se passe comme un jour de printemps : fleurie et légère, cette journée sans enfant sent la liberté.

16h. L’heure de la revoyure. La progéniture s’échappe tel du bétail lâché dans les champs après la traite.

Et voici que l’atsem vient vers vous et vous glisse à l’oreille : « J’ai mis une culotte à votre fille, elle n’en avait pas ce matin… »

Vous êtes mortifiée. Vous lui avez filé deux culottes, elle n’a pas été fichue d’en mettre une seule !!! Mais qu’avez vous raté dans son éducation ??? Peut être est-ce le WE à Londres qui l’a traumatisée. Les anglais, la conduite à gauche, le volant à droite, l’odeur d’humidité de ce pays insulaire, comme dirait Mamilou, le soleil du samedi, la pluie du dimanche, la désorientation ou le manque de sommeil …

Bref, sous la jupe de votre fille, le jour de la rentrée, il y avait ses fesses, et c’est tout. La honte…

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Sous les jupes des filles

Vous voilà rentrée depuis une semaine. Reprise du boulot et chaleur : vous avez à peu près autant d’énergie qu’une moule apathique.
Néanmoins, vous êtes pleine de bonnes résolutions : la nourriture saine, le sport, l’éducation des filles, vous allez tout changer. Tout.

Alors pour préparer la rentrée comme il se doit, vous avez décidé d’aller faire une petite virée shopping. Vos filles seront présentables pour leur premier jour. Du moins les quelques premières minutes, puisqu’elles termineront inévitablement les pieds dans une flaque d’eau si vous avez de la chance, ou dans une mare de boue sinon.

Vous voilà donc arrivée dans le temple de la mode enfantine à pas cher. Pour des fringues qui termineront rigides de boue et trop petites d’ici quelques mois, vous n’avez pas envie que votre salaire y passe…

Mamilou vous accompagne, vous ne serez pas trop de deux pour tenir les monstres dans le magasin. Elle pense vous accompagner pour un moment de shopping agréable entre filles, vous vous gardez bien de lui révéler la vérité. Avec les filles, ce sera épuisant et humiliant. Epuisant car courir partout après deux furies dans un magasin bondé et sans clim un jour de canicule n’est pas de tout repos, et humiliant parce que vous risquez fort de passer au mieux pour une mère incapable de tenir ses enfant, au pire pour une folle furieuse complètement dégénérée. C’est comme ça, c’est la vie de parent.

Mamilou est pour l’instant pleine d’entrain et d’allant à l’idée de ce petit épisode délicieux et rafraîchissant en ce jour de canicule.

Tout commence dans le parking. Visiblement, la moitié de la ville a eu la même idée que vous. Bon, vous vous contenterez de la place F16, elle fera l’affaire. Ne pas oublier le numéro de la place, ne pas oublier le numéro de la place, ne pas oublier le numéro de la place.
Vous dites à Mamilou : « Vous vous en souviendrez ? Nous sommes à la place F16 ! »
Vous dites à Lapinette : « Tu te souviendras ? Nous sommes à la place F16 ! »
Vous dites à Mini-Lapine (juste pour la forme) : « Toi aussi, tu te souviendras ? Nous sommes à la place F16 ! »
Et Mamilou de vous répondre : « C’est bien noté ! Nous sommes à la place 16F ! »
Bon, c’était pas gagné…

Vous démarrez votre périple. A ce stade, Mamilou s’attend encore à passer un instant de détente. Ses illusions s’envoleront d’elles-même, inutile de lui sapper le moral tout de suite.

Vous arrivez aux tapis mécaniques puis aux escalators. Votre progéniture, en bonnes filles de la campagne récemment arrivées dans la jungle urbaine, ne maîtrise pas totalement le concept… Elles trébuchent en montant sur le tapis, s’extasient d’avancer seules, et trébuchent encore en descendant du tapis. Mamilou manque d’avoir sa première crise cardiaque. Mais elle trouve cependant encore la force de s’extasier devant les belles boutiques. Elle aussi vient d’un coin moins urbain. A vos yeux, le supermarché et ses galeries commerçantes ne sont qu’une jungle hostile. Seul le Subway trouve grâce à vos yeux. Manger sain, manger sain, manger sain, c’est une de vos resolutions. Next, vous passez devant le Subway dignement, sans même saliver. Enfin pas trop.

Vous arrivez au magasin. Le temple de la fringue pas chère. Et le paradis des enfants infernaux. Mamilou commence à déchanter sévère. Entre ses petites filles qui courent partout entre les rayons et sa belle-fille un peu trop bornée sur le choix des vêtements (et alors ?), elle se dit que finalement, rester enfermée dans l’appart, c’était plutôt bien. L’épuisement commence à la gagner. Mais elle ne se sent pas encore assez humiliée par le comportement de ses petites filles pour quitter le magasin. Vos filles vous harcèlent pour acheter un ventilateur de poche, cachant des bonbons en sa base. Vous dites non. Mamilou, solidaire, dit non. Têtues, vos filles arrêtent une vendeuse : « Madame ! Est-ce qu’on peut acheter le ventilateur ! ». Trop contente de refourguer ses merdes invendables, la jeune fille valide l’achat. Vous brisez ses espoirs en réitérant votre veto. Non, vos filles ne ressortiront pas du magasin avec ça !

Vous poursuivez vos courses au rayon chaussures. Vos filles vous suivent espérant que les chaussures roses à paillettes qu’elles ont repérées finiront dans votre panier. Encore une fois, espoir déçu. Subrepticement, elles glissent alors dans votre panier des barettes roses brillantes dignes de la coiffure de Barbie Disco. Très tendance dans les cours de récré, mais pas sur la tête de vos filles. Vous perdez patience. Ca suffit, non, vous ne leur achèterez pas toutes ces choses inutiles, on est là pour leur trouver une tenue de rentrée ! Vous leur criez un petit coup de dessus, histoire de leur faire comprendre qui est le patron, ici.

Lapinette se dandine, les mains rassemblées sur ses genoux, sa robe ramassée contre elle.
Mini Lapine se dandine et farfouille dans sa culotte.
Dans sa culotte ???
Vous prenez conscience que quelque chose cloche…

« Mais qu’est-ce que tu as dans ta culotte?!! » hurlez vous, complètement hystéro.
« Rien Maman », vous répond votre menteuse en chef.
« Et toi, qu’est-ce que tu caches dans ta robe ? demandez vous à sa soeur.

Vos deux gamines se regardent, avec leur air de « on s’est fait pincer, reste-t-il un espoir pour que la reum croie à un bobard qu’on aurait le temps d’inventer vite- fait ? »

Mais la reum a été enfant. Une enfant honnête, certes, mais une enfant quand même. Et la reum a vu le paquet de bonbons qui dépassait de la culotte et de la robe ramassée entre les jambes de Lapinette. Et la reum a honte. Car la progéniture a commis le méfait devant Mère-Grand dont le monde s’écroule : ses petites filles seraient donc des délinquantes ?

Vous décidez que la sentence serait terrible. On ne cache pas des bonbons dans sa culotte, que diable ! Tant pis pour vos filles. Une bonne engueulade plus tard, avec privation de manège et de glaces pour la journée (vous deviez les emmener au petit parc d’attraction en face de chez vous, elles se contenteront du bac à sable), vous arrivez à la caisse.

Vous déposez les vêtements pour la rentrée. Ceux là même qui termineront rigides de boue. La caissière les scanne et vous annonce le prix. Vous fouillez dans votre sac à la recherche de votre portefeuille, et là, panique, il ne s’y trouve pas. Vous vous repassez votre journée en tête… Vous aviez pourtant bien votre portefeuille ce midi, puisque vous avez déjeuné avec une cliente… Non. Ca vous revient : il est dans votre sac bleu. Mamilou n’a pas sa carte sur elle, et n’a pas pris assez de monnaie. Reste une dernière solution : la culotte de votre fille. Sera-t-elle assez grande pour contenir les vêtements afin que vous puissiez ressortir avec, ni vue ni connue ?

Vous doutez fortement. Et il serait de plus totalement anti-pédagogique vis à vis de votre fille de procéder ainsi…

Tant pis. Vous sortez du magasin la tête haute.

Mamilou manque à nouveau d’avoir un arrêt cardiaque dans les escalators, et est au summum du bonheur lorsque nous arrivons au parking. Elle entrevoit la fin de cet après midi d’enfer. Elle se met en quête de la place 16F. Qui n’existe pas.

Se souvenir du numéro de la place, se souvenir du numéro de la place, se souvenir du numéro de la place… F16. Heureusement que vos filles sont là !

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La Bonne du Curé

C’était hier, jour de mistral. Point de plage, point de piscine, nous nous dirigeons vers l’arrière pays pour une journée de visites et de balade.
Petite halte à Notre Dame des Grâces, nous visitons le lieu et faisons un brin de shopping dans la boutique du monastère. Pas de bol, les soldes étaient finies. Moins cinquante pour cent sur les cornettes de bonnes soeurs, vous auriez pu avoir un petit look un peu sympa pour l’été.
Mais voilà que Mini Lapine se prend d’amour pour une statue de ce qui vous semble être Saint Joseph (mais vous n’êtes pas bien certaine : le saint Joseph de l’Eglise visitée la semaine dernière à Turin s’est révélé être Saint Ignace) (le Saint Patron des coiffeurs)(nan, c’est une blague –> Saint Tignasse, au cas où l’on ne comprendrait pas votre humour douteux, qui est en réalité celui de Mari d’Amour – vous tenez à votre honneur !). Bref, vous ne savez même plus où vous en êtes…
Ah oui. Donc Mini Lapine se prend d’amour pour une statue.
La statue était posée à terre, de sa taille, à peu près… Et Mini Lapine qui l’enlaçait, qui l’embrassait, qui lui donnait du « mon amour » et du « mon chéri ».
« Au revoir, mon chéri ! Et tu surveilles bien notre petite poule ! »
Vous la soupçonnez alors d’entretenir des desseins peu pieux envers ce moine.
Vous lui demandez des précisions : « Mais, ma chérie, quand tu l’appelles « mon amour », c’est parce que c’est ton fils ou alors c’est parce que c’est ton amoureux ? »
Elle vous regarde alors comme une pauvre cruche, du haut de ses trois ans et demi, et vous répond : « Mais Maman, quand on dit « mon amour », tu sais très bien ce que ça veut dire ! » Haussement d’épaules, et elle se tourne alors à nouveau vers « son amour ».
Entre, à ce moment, dans la boutique, un moine. Un vrai. Avec la robe de bure, le chapelet et tout le tralala. Réplique vivante de la statue de Mini-Lapine. Il se dirige vers les livres, et reste un bon moment à méditer devant.
Mini Lapine vous rejoint et vous demande : « C’est un vrai monsieur, Maman, ou c’est une statue ? »
« C’est un vrai Monsieur, ma chérie ! »
Elle semble perplexe. Il ressemble tant à « son amour », la statue ! Elle reste en embuscade à l’observer, jusqu’à ce que le moine esquisse enfin un mouvement.
« Ah, tu as raison, Maman ! Il a bougé la tête ! »
Bien sûr, fille, que vous aviez raison ! Mais vous craignez quand même qu’elle ne reporte tout son amour sur ce moine bien vivant. Il était temps de partir de la boutique… Votre fille était sur le point démarrer une brillante carrière de bonne du curée…