La honte

Hier, la tranquillité, mot inconnu.
Aujourd’hui, la honte. Pas la honte genre vous avez fait quelque chose de mal, on vous a pris le doigt dans le pot de confiture, non !
Mais la honte, genre vous êtes une mauvaise mère, vous ne savez pas élever vos gosses.

En même temps, y’a des jours, vous vous dites qu’heureusement, vous ne reverrez jamais de votre vie les gens que vous croisez au supermarché. Enfin sauf si vous y croisez votre voisine, évidemment. Mais sérieusement, y’a bien des fois où vous avez failli déménager pour ne jamais la recroiser. Pas à cause d’elle, non ! Mais à cause de Lapinette… La TERRRRRRIBLE Lapinette.

Elle, son truc, ce n’est pas le bonbons ou autres cochonneries. Son truc à elle, c’est le Babybel. Tandis que vous vous baladez au rayon fromagerie, que vous entamez des fouilles archéologiques pour trouver ledit fromage, que vous opérez une plongée entre le camembert et la tome de Savoie, sans succès, votre radar à Babybel est déjà en train de hurler « Babé ! babé ! » (traduction : « Babybel ! Babybel ! »). Ouf, en moins de deux, le précieux sésame est dans votre caddy. C’est bien là qu’est le problème.

Car selon sa conception des choses, Lapinette considère que ce n’est pas dans le caddy que devrait se trouver le « Babé », mais dans son estomac (= puits sans fond qui n’arrive à saturation que lorsqu’on lui propose des légumes). D’un coup, le Malin prend possession de son corps, et la voilà en train de hurler comme une possédée, et de se jeter contre les parois du caddy.

Et là, mille paires d’yeux se braquent sur vous, genre « mais quelle mauvaise mère, si j’étais elle, ça ne se passerait pas comme ça ! ». Ah bah oui. Ben vous aimeriez justement bien savoir comment ça se passerait, si les gens étaient à votre place.
Parce que la douceur (« raconte à Maman ce qui ne va pas, mon petite coeur ! »), ça ne fonctionne pas.
La fermeté, non plus (« C’est comme ça, un point c’est tout, et maintenant arrête de pleurer ! »).
Aucun succès pour le chantage (« si tu arrêtes de pleurer, tu pourras regarder les Aristochats »).
Ni pour la crise d’hystérie (« sale gosse de *** !! Je m’en vais t’en retourner une si tu continues ton cinémaaaaaaaa !!!!!!!!! »).

Alors voilà. Vous attendez les propositions des mille paires d’yeux. Nan, des fois qu’ils aient une solution miracle. En attendant, vous faites la sourde oreille aux caprices de Lapinette, et vous en retournez à vos courses dignement. Z’en foutez, vous les recroiserez jamais les gens du supermarché. Sauf la voisine. Sauf si vous déménagez.

Enfin la honte quand même…

Bon, là où ça devient franchement craignos, c’est quand Lapinette vous fait son cirque dans un endroit où vous connaissez les gens. Pas chez des potes, non. Les potes, eux, c’est pareil, leurs gamins sont infernaux aussi, vous intercompatissez entre vous.

Genre chez le médecin. Car il faut bien y emmener Lapinette, parfois. Et souvent, plutôt que d’y aller 10 fois d’affilée, vous faites d’une pierre deux ou trois coup : la visite pour le certificat médical de Lapinette, en même temps que la visite pour votre rhume, en même temps que la visite pour le renouvellement d’ordonnance de Mari d’Amour.

Et vous vous pointez tous, la gueule enfarinée chez le toubib, genre « famille innocente », alors qu’au fond, vous savez bien que Lapinette va vous foutre un bordel monstre.

Et c’est gagné. En l’espace d’une demi seconde, le temps que Docteur dégaine son stylo pour commencer à rédiger son ordonnance, votre progéniture si bien élevée a foutu son Vidal par terre (celui du médecin, pas le sien. Enfin le sien à Lapinette. Bref, elle a pas de Vidal, elle !), vidé votre sac à main, et démonté le pèse personne.
Vous voilà donc tous à quatre pattes, qui à ramasser le Vidal, à rassembler vos affaires éparpillées dans toute la pièce, à tenter de réparer la balance.
Et Mari d’Amour de vous hurler dessus : « Mais tu la laisses faire n’importe quoi !! ». Ah bon ? Parce que t’étais pas dans la pièce au même moment, toi ?
Nan, mais lui c’est jamais pareil. Il ne pouvait pas intervenir, parce que vous comprenez, sinon, c’est toujours lui qui râle, et au bout d’un moment, sa fille finira par le détester. Il préfère vous laisser faire. Ben voyons !
Bref, en plus de la honte bien naturelle éprouvée en de tels moments, Mari d’Amour en rajoute une louche et enfonce le clou en vous balançant : « Tu l’élèves vraiment n’importe comment ! ».

Vous laverez votre linge sale en famille plus tard. Pour l’instant, vous vous contentez d’un regard assassin, de coller Lapinette sur les genoux de son père, et de poursuivre votre conversation passionnante, l’air de rien, avec le médecin. Donc, oui, Doliprane ou Dafalgan ?

Bref, la honte, c’est comme le ridicule, ça ne tue pas… et au Pays des Couches, on a plutôt intérêt à s’y habituer, d’autant que les alliés sont rares… Bon courage !

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