F’ites o mado

Ce soir, vous avez décidé de faire plaisir à Lapinette. Voilà un mois que vous avez accouché, un mois que vous êtes clouée chez vous avec bébé qui fait des coliques, alors ce soir, c’est VOTRE soir. Soyons fous, on va manger des « f’ites o mado ». Traduction : on va manger des frites au Mc Do. Lapinette est folle de joie, et vous, plus encore. Papa serait bien resté pioncer sur le canapé, mais vous le traînez de force, quant à Mini-Lapine, elle s’en fout comme de sa première petite culotte (qu’elle n’a encore jamais porté).
Vous embarquez donc tout le monde, toute excitée, ignorant encore ô combien serait profond le sentiment de honte qui finirait par vous envahir tout au long de la soirée.

Arrivée au Mc Do toute fière de votre petite troupe : Lapinette dans les bras de son père et Mini-Lapine dans le porte bébé. Vous attendez votre commande. Et là, première manifestation de la mauvaise éducation que vous inculquez à votre fille. Elle repère une sorte d’arbre à ballons, et se jette dessus afin d’en chipper un. En vous même vous vous dites : « t’as bien raison, ma fille, ils sont la pour ça ». Mais sous le nez de la caissière, vous faites mine d’être fâchée et dites hypocritement à votre fille : « tu demandes à la dame si tu peux prendre un ballon ! », sachant qu’elle dira oui. Pas plus hypocrite que le monde des adultes… Lapinette refuse de demander, vous faites mine d’insister. Elle s’en fout. Et là vous regardez la caissière et levez les yeux au ciel l’air de dire : « ah, les gosses ! ». Et vous la laissez prendre son ballon, elle vous foutra la paix pendant le repas. C’est certain, on a du vous prendre pour une mère sans autorité, mais après tout vous n’allez pas vous mettre la rate au court bouillon pour un ballon de baudruche. D’autant qu’ils sont là pour ça.

L’installation à table vous stresse beaucoup plus. Courir après Lapinette et son ballon, partir en recherche d’une chaise haute, porter les plateaux, porter Mini-Lapine, faire grimper Lapinette sur sa chaise… vous n’êtes pas trop de deux avec Papa pour mener à bien l’opération commando. Enfin à table.

C’est le moment que choisit Mini-Lapine pour hurler sa faim au monde entier. Direct des dizaines de regards noyés de sauce mayo/ketchup se tournent vers vous. Mauvaise mère qui ne nourrit pas sa fille tandis qu’elle se goinfre de hamburgers. N’osant sortir ce sein que je ne saurais voir, vous dégainez le bib. Pendant ce temps, Papa engloutit gaiement son gargantuesque repas, tandis que Lapinette répartit scrupuleusement ses frites entre la table, le sol, ses genoux et sa bouche. A la fin du repas – enfin du repas de votre famille, vous n’avez pas encore avalé une graine de sésame, bib oblige – il y en a partout.

Désireuse de déguster votre Mc Chicken en paix, vous permettez à Lapinette de se dégourdir les jambes, pendant que Papa fait faire le rot de Mini-Lapine.
Votre aînée en profite donc pour aller faire du charme au monsieur de la table voisine, avec une méthode de drague tout à fait particulière. Elle se plante devant lui, et avec tout l’aplomb d’une gamine de 21 mois lui annonce : « Ezie, caca ! ». Ezie, c’est grosso merdo son prénom. Pour le reste, nul besoin de traduction. Ayant observé la scène, vous détournez vite fait le regard, et faites mine de ne pas connaître l’enfant. Vraiment, vous ne savez pas à qui elle appartient, celle là, mais elle est drôlement mal élevée! En quatrième vitesse, vous terminez votre repas. Hors de question de rester une minute de plus ici : votre table est digne des plus grandes porcheries de France, Lapinette discute caca avec les autres clients, et Mini-Lapine se prend pour la Castafiore.
D’ailleurs, papa vous la refile. Caca pour lui aussi, il va aux toilettes. Inutile de l’annoncer aux autres clients, comme le ferait votre fille : vous vous tapez tellement l’affiche que tous les regards sont braqués vers vous, et que personne ne loupe son entrée très digne dans la salle du trône.
Secouée par le changement de bras, et n’ayant pas encore totalement digéré son bib, c’est le moment que choisit Mini-Lapine pour vomir son biberon. Pas un simple petit renvoi de bébé, non ! Le gros vomi de mec bourré qui en fout partout : sur vos vêtements, pour commencer, et sur les siens, mais aussi sur ceux de sa soeur qui traînait dans les parages. Sans compter le sol, inondé de lait à moitié caillé, dans lequel gisent misérablement les frites échouées du repas de Lapinette. La scène est pathétique, votre table est ravagée pour les dix prochains siècles. Cet incident accident catastrophe nucléaire signe l’heure de votre départ.
Vous tentez la sortie la plus digne possible, précédée d’une gamine en furie, suivie d’une douce effluve de vomi.
Comme dirait la pub : « Mc Do, venez comme vous êtes »…

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