Vendez la paternité

paternite

Bon, oui, vous l’avouez. Pour une mère, c’est assez original de devoir vendre la paternité.
Remarquez, c’est relativement moins compliqué.
Parce que oui, vous êtes mariée pour le meilleur et pour le pire : le meilleur pour lui, et le pire pour vous.
Du coup, lui, il s’est réservé la paternité. Et vous a laissé la maternité. Avec tout ce qui va avec, grossesse et tout ça, et tout ça. Pour l’instant, vous en êtes aux nuits courtes et aux kilos à perdre. Lui non.
Parce que la paternité, finalement, ça se résume à quelques trucs pas bien sorciers :

– Jouer avec les enfants, comme un petit foufou, les amuser, les énerver, les exciter, et les refiler à Maman quand on en a marre et qu’ils sont complètement survoltés
– Donner le bib de la petite devant la télé, pendant que Maman se charge de la grande, avec sa soupe qui gicle, son yaourt qui coule, ses pâtes qui collent dans les cheveux, etc.
– Changer les couches de pipi, pendant que Maman change les couches de caca.
– Etre ferme avec ses enfants, leur dire non pour des bonbons au petit dej, même s’ils se roulent par terre en hurlant. Enfin finalement leur dire ok, mais juste pour cette fois. Et si tu continues ta colère, j’appelle Maman. Chut, j’ai dit. Maaaamaaaaaan !!! Ta fille est ingérable !
– Donner le bain. Enfin en duo avec Maman : c’est Maman qui fait couler le bain, qui déshabille, qui met dans le bain, qui savonne. Papa surveille qu’elle ne se noie pas. Oui, quand il est dans le salon, il la voit, il la surveille. Et même par dessus le son de la télé, il l’entend. Après les infos, Maman pourra aller la sortir du bain. C’est nickel. Partage des tâches au top.
– Recevoir ses amis pendant que Maman s’occupe des enfants. Servir l’apéro, manger les petits fours, raconter des anecdotes, pendant que Maman monte les coucher. Et quand Maman redescend, c’est nickel, on peut passer à table. Bah quoi, elle avait pas des kilos à perdre, Maman ? Ça lui fait pas plaisir d’avoir sauté l’apéro ?
Enfin voilà. On pourrait continuer comme ça longtemps, mais le concept, c’est juste de comprendre que la paternité, c’est quand même grave le pied.

Jusqu’au jour où vous êtes invités avec toute votre marmaille chez votre copain Cricri.
Parce que Cricri, il est célibataire. Célibattant. Et fier de l’être.
Cricri, il anime des mariages comme un dieu. Il s’est collé au vôtre et il vous a emmenés jusqu’au bouuuuut de la nuiiiiiiiiit !!!
Cricri, il est DJ en boîte de nuit.
Et Cricri, il adore les putain de belles bagnoles.
Ce soir, donc, votre défi fou, c’était de lui vendre la paternité.
Facile, hein, vu ce qu’on sait maintenant de la paternité ! Fingers in the nose ! Après avoir vendu la maternité à votre copine Aurélie, c’était in the pocket !
Sauf que déjà, pour commencer, avant de vendre la paternité à Cricri, il allait falloir lui vendre la bonne femme qui va avec. Vous savez, celle qui changerait le caca, tout ça, tout ça…………………… (par précaution, vous mettez plein de points de suspension, on sait jamais…………..)
Et là, c’était pas gagné.

Abstraction faite de ce détail, vous commencez donc votre show. C’est que le marketing pro-paternité était à peu près aussi étudié que le marketing pro-maternité de la semaine dernière.

Déjà, invités à dîner, la famille débarque. Non, vous n’avez pas l’intention de vous installer 6 mois chez Cricri. Seulement une soirée.
Oui, vous avez déménagé la moitié de votre maison. Et alors ? Pour passer une soirée tranquille, il faut bien ça : le lit parapluie, la bouffe pour les petites, des jouets pour Lapinette, des couches, des vêtements de rechange, des produits de toilette, l’ordi pour mettre des dessins animés, un large choix de DVD… Bref, vous avez tout prévu. Avec ça, elles vont se tenir tranquilles, c’est certain.
Tranquilles.
Sauf que.
Sauf que vous n’aviez pas prévu que Lapinette, dès le premier pas posé dans l’entrée de Cricri, s’oublierait dans une marre de pipi.
Honte clignotante en orange fluo au dessus de votre tête.
Et pas le petit pipi, hein. Vous auriez pu organiser un atelier bébé nageur. Mais ce n’était pas vraiment le moment.
Arrivée des autres invités. Plouplouf, tout le monde patauge, c’est tellement sympa d’être accueilli dans le pipi ! Youpipi !!
Re-honte clignotante.
Quelques coups de serpillière plus tard, vous êtes fin prête pour l’apéro.
Sauf que c’est l’heure d’aller coucher Mini-Lapine, qui hurle déjà depuis 5 bonne minutes.
Après avoir dit un rapide bonjour à la ronde, vous filez donc dans la chambre où est monté le lit parapluie.
Et là, commence un long, long, looooooonnnnnnng combat pour l’endormissement de votre cadette.
Qui hurle.
Et les invités boivent du kir.
Elle hurle.
Du kir melon.
Elle hurle.
Du kir mûre.
Elle hurle.
Du kir framboise.
Elle hurle.
Et les invités mangent des cacahuètes.
Elle hurle.
Du surimi.
Elle hurle.
Des noix de pécan.
Elle hurle.
Elle ne dormira pas. Vous la ramenez parmi les invités, toujours hurlant.
Vous buvez votre kir (melon) cul sec. 1/parce qu’on passe à table, 2/pour qu’il fasse effet rapidement, vous avez besoin d’un bon remontant.
Vous déposez Mini-Lapine rouge comme un kir fraise dans son cosy, et rassurez les invités : « elle pleure toujours quand elle est sur le point de s’endormir ».
Et là, vous savez bien que personne ne croit un traître mot de ce que vous racontez. Un bébé avec autant de décibels sortant de son gosier ne peut assurément pas être sur le point de s’endormir, faut être logique.
Enfin assise devant votre assiette, vous tentez, tant bien que mal, de tenir une conversation humaine à votre voisine de table.
C’est le moment que choisit Lapinette pour grimper sur vos genoux afin de grignoter dans votre assiette. Vous remettez votre conversation à plus tard.
D’ailleurs, vous remettez votre repas à plus tard, vous avez décidé de faire un deuxième essai dodo avec Mini-Lapine.
Vous relarguez Lapinette à son père.
Et voilà. A partir de maintenant, le marketing opérant, il vous devient impossible de vendre la paternité.
Après un second échec dodo, vous revenez, toujours accompagnée de votre douce progéniture parmi les invités. Et vous retrouvez Lapinette, en train de martyriser son père pour un dessin animé. Il s’arrache les cheveux afin de trouver LE DVD qui la tiendra tranquille. Echec de son côté aussi.
Vous revenez donc piteusement à table, avec vos deux filles accrochées à vous comme des moules à leur rocher.
Votre voisine de table a pitié de vous, et vous libère de Mini-Lapine pour vous laisser rattraper le reste de la tablée.
Papa renvoie Lapinette sur son canapé et son dessin animé.
Vous savourez l’entrée comme si c’était du caviar, car vous savez que ce répit ne sera que de courte durée.
Une fois la dernière bouchée avalée, vous tournez la tête et là, vous tentez de vous pendre avec votre serviette de table.
Lapinette, toujours aussi peu intéressée par son DVD, a piqué un magazine trouvé sur la table basse et est en train de le massacrer au stylo, et le canapé avec.
Gestion de crise.
Vous missionnez son père comme Chevalier de la Non Violence pour réprimander votre fille, car si c’est vous qui y allez, elle passe par la fenêtre.
Pendant ce temps, vous videz votre stock de lingettes pour effacer le stylo sur le canapé. Quant à feu le magazine, vous ne pouvez rien faire pour lui…
Et Mini-Lapine se remet à hurler.
Vous désertez le champ de bataille afin de tenter un ultime commando dodo, qui se termine sur un échec.
Pendant ce temps, Mari d’Amour essaie de sauver la face. Il sue sang et eau afin de tenir Lapinette dans un semblant de tranquillité, et il échoue également lamentablement.
Vous avez engendré des monstres.
Vous n’avez qu’une envie, disparaître sous terre, là où les gens bien élevés n’auront jamais l’idée de venir vous chercher.
Du vin, vite, il vous faut du vin. Du blanc, du rouge, n’importe quoi, pourvu que ça fasse vite effet et vous permette d’oublier l’espace d’un instant votre triste condition de mère. Mari d’Amour veut aussi du vin. Du bon, du mauvais, tout ce qui se boit, ou pas, d’ailleurs, il a aussi besoin d’oublier la paternité.
Échec total de votre opération marketing.
Vous soupçonnez Cricri, bien que célibataire, de vouloir se faire stériliser sur le champ. Là, maintenant, tout de suite.
Profitons-en, tant qu’on est à table. Entre les fourchettes et les couteaux, y’a du matos à disposition. Et le vin pour anesthésier. A l’ancienne.
Finalement, Mari d’Amour finit par trouver un DVD qui scotche Lapinette au canapé, sa tétine à la bouche, les yeux encore ouverts par vous ne savez quel miracle.
De votre côté, toujours avec Mini-Lapine dans les bras, vous poursuivez votre beuverie repas. A force de la secouer comme un prunier, elle finit par s’endormir.
Vous ne croyez pas à votre bonheur.
Fierté absolue, vos enfants, ils assurent grave. « Eh, t’as vu Cricri, ils sont pas sages, mes enfants ? Dis que tu veux les mêmes ! Allez, dis le ! ». Nan, même pas en rêve il vous le dira, l’ingrat.
Du coup, vous pouvez savourer votre dessert tranquille. Et faire connaissance avec les autres invités. Enfin.
Une kiné (pour votre rééducation des abdos), une entrepreneuse dans l’événementiel (on ne sait jamais, ça peut servir), et un couple gay dont l’un des deux ne parlait pas français, donc que vous avez du doublement soûler : 1/ rapport à vos enfants infernaux, 2/ rapport au fait qu’il ne comprenait rien de ce que vous disiez. En même temps, ça tombe assez bien, trop occupée avec votre descendance, vous ne lui avez rien dit.
Bref, personne n’est venu avec ses enfants. Normal, en même temps, ils n’en avaient pas. Sauf la nana de l’événementiel, mais bien inspirée, elle avait du les noyer (j’déconne, hein !). En tout cas, le fait est qu’elle n’est pas venue avec.
Conclusion : vous avez bien soûlé tout le monde toute la soirée.
Du coup, la conversation prend une tournure qui était prévisible : vos enfants.
Même pas vous qui abordez le sujet. Z’auriez bien parlé d’autre chose. Tiens, re-sers moi un verre de vin.
« Ah, c’est du boulot, hein, les enfants en bas âge ! » (traduction : ils sont vraiment infernaux, tes gosses !)
 » Ah c’est bien, même avec des jeunes enfants, vous continuez à sortir ! Y’a des gens, ils refusent net d’aller chez les autres, quand ils sont des enfants ! » (traduction : t’aurais du faire comme eux, on n’a pas idée de faire chier autant les gens avec ses gosses !)
 » Mais c’est normal, tu sais, ils sont encore petits ! » (traduction : à l’heure qu’il est, ils devraient être couchés, plutôt que d’être là à nous faire chier !)
Bon, sinon, il reste encore un peu de vin ?
Une infusion plus tard, Lapinette commençant à montrer des signes évidents de fatigue (ressemble à un Gremlins en pleine crise), vous levez le camp.
Cricri, toujours gentil, vous fait croire que vos filles sont adorables, que vous revenez quand vous voulez, et tout, et tout. Mais bon, c’est tellement gros que vous savez bien que c’est faux.
Z’avez échoué à lui vendre la paternité.
Juste il va aller vite fait se faire stériliser, et ne vous réinvitera plus jamais, jamais, jamais.
Sérieux, faut vous rendre à l’évidence : faut que vous arrêtiez le marketing. Et vite.

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