La vie des autres

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Vous avez coutume ici d’exorciser le mal.
De râler sur tous les graves malheurs qui ponctuent votre chienne de vie.
Les couches qui débordent.
Les pâtes qui collent.
Le chien qui vomit.
Les bébés qui font leurs dents.
De graves malheurs, je vous dis.
Tellement graves qu’ils vous empêchent bien souvent de vous pencher sur les vies délicieuses de vos amis.
Ceux qui n’ont pas d’enfant.
Ni de chien.
Ceux qui peuvent faire une nuit complète.
Et ont les moyens de manger du caviar à tous les repas (et pas des pâtes qui collent).
Ceux qui vivent dans des apparts bien rangés.
Seuls avec eux même.
Pas d’engueulade au passage.
Et finalement, en discutant de tout et de rien, en passant des soirées avec les uns et les autres, en vous connectant sur Facebook et en passant un peu de temps à prendre des nouvelles de loin en loin, vous vous apercevez que des petits malheurs, il y en a chez les autres.
Que les délicieuses vies sont pleines d’interrogations.
Que les délicieuses vie ont parfois un petit goût amer. Comme un bon vin qui aurait tourné.
Pour mille raisons.

Parce que chez les filles, on se pose des questions.
Mon mec est-il le bon ? J’ai plus beaucoup de temps pour me poser la question, si je veux des enfants.
Vais-je trouver le bon ? Toujours cette fichue horloge…
Les délices du célibat finissent par devenir stressants pour qui veut une descendance (« qui » au féminin, s’entend)…
Il fut un temps, vous leur auriez dit : « bah ma pauvre, si tu savais… »
Mais vous comprenez leur stress.
Vous comprenez leur envie.
Envie de couches sales.
Envie de nuits pourries.
Envie de bave sur leur chemisier tout neuf.

Et en même temps, elles ne sont pas si vieilles, vos copines.
Rappelez leur qu’il y a seulement trois ans, votre corps était encore vierge de toute grossesse.
Et qu’aujourd’hui, vous avez deux monstres à la maison.
Rappelez leur qu’une de vos copines a fait son premier à 38 ans.
Et qu’elles en ont à peine 35.
Rappelez leur surtout qu’il ne faut pas qu’elle s’appesantissent sur le passé, parce que le meilleur reste à venir, à construire, à inventer.
Que le passé, ça doit aider à nous construire, et pas nous bloquer pour avancer.
Il ne faut pas qu’elles croient qu’une envie de gamin doit se mûrir 10 ans, avant de savoir quel papa sera le bon.
On peut se tromper même après 10 ans.
Vous avez des exemples.
Des exemples de gens qui sont restés longtemps, longtemps ensemble.
Une fois qu’ils ont été sûrs d’eux, ils se sont mariés.
Et une fois qu’ils se sont mariés, ils ont divorcé dans l’année qui suivait.
C’est comme ça, la vie.
Tout arrive.
Ne pas agir sur un coup de tête, mais aussi savoir lâcher prise.
Savoir se dire que la norme, c’est bon pour les autres. Ou pas, d’ailleurs.

Vous êtes désespérément dans la norme. Et heureuse.
Et d’autres ne le sont pas. Et heureux aussi.
Certains seraient certainement malheureux de l’être (Dans la norme. Vous suivez, ou quoi ?).
Une image d’Epinal, ça peut angoisser.
On peut avoir peur de ne pas en sortir.
On peut se sentir coincé.

Vous comprenez ce sentiment.
Vous ne le partagez pas, vous qui avez besoin de vos repères, de vos nuits ponctuées de cris, de vos journée ponctuées de vomi, des bras rassurants de votre mari, et de l’haleine fétide votre chien, mais vous pouvez comprendre.
C’est souvent le stress des garçons.
Eux aussi ont des problèmes de cœur, faut pas croire.
L’horloge biologique ne vient pas frapper à leur porte, mais l’insistance lourde de la norme sociale, si.
Quoi, la « trentecinquaine » (c’est chouette, comme nouveau mot, vous êtes fière !), et toujours pas casé ?
Voire aussi : quoi, la « trentecinquaine » (vous le kiffez ce mot, en fait), et déjà divorcé ?
Bah oui, c’est la vie.
Elle joue des tours à tout le monde, cette farceuse…

Et pour autant, doit-on déclarer forfait à 35 ans ?
Non, les ami(e)s.
A 35 ans, tout est permis.
Permis de rencontrer l’homme ou la femme de sa vie.
Permis de s’autoriser à aimer.
Permis de lâcher prise sur les événements.
Permis d’y croire.
Permis d’envoyer bouler la norme.

Hier encore, vous parliez à un copain qui vous disait : « J’espère qu’on est suffisamment amis (on était 4 autour de la table, on avait bu un peu de vin rouge, et on était en train de se goinfrer de viande/fromage/nutella. Important de planter le décor.) pour que quoi qu’il arrive dans ma vie, vous m’acceptiez toujours comme je suis. » C’était juste une évidence.

Pourquoi tout ça vient vous marquer cette semaine ?
Pourquoi toutes ces conversations sur les vies délicieuses des autres, vous les avez concentrées sur ces quelques derniers jours ?
Mystère.
Mais au moins, ça a le mérite de vous forcer à vous pencher sur la question.
A sortir un peu de vos couches.
A ouvrir les yeux sur la vie de vos amis.
Ceux que vous voyez souvent.
Ceux que vous voyez moins souvent.
Ceux que vous n’avez carrément jamais revu depuis la fin de vos études (ouch !), mais avec qui vous n’avez pas totalement rompu le lien. Parce qu’un petit fil ténu vous tient encore après toutes ces années.

Ça a le mérite de vous forcer à ouvrir les yeux sur votre chance.
Chance de pouvoir changer des couches, parce que c’est tout ce que vous avez toujours voulu faire.
Chance d’avoir un mari qui ronfle, parce que quand il est réveillé, c’est avec lui que vous partagez tous vos bonheurs.
Chance d’avoir un chien qui pue, parce que devoir le sortir vous permet de faire un peu d’exercice (même que c’est un gros mensonge, parce que c’est votre voisin qui le sort). Mais bon, c’est cool d’avoir un chien qui pue quand même (vous ne sauriez dire pourquoi, en fait).

Et à vos amis, ceux que vous voyez souvent/rarement/jamais. Les filles et les garçons. Ceux qui veulent des enfants, et ceux qui n’en veulent pas. Ceux qui aime la norme et ceux qui la détestent. Vous avez envie de leur dire :
« Vivre sa vie ne veut pas dire attendre que l’orage passe… C’est apprendre à danser sous la pluie »
(Citation de Sénèque qui avait tout compris).
Donc à partir de maintenant, vous les sommez de kiffer la vibe sur le champ et d’enjoyer leur life.
Parce que : « La meilleure façon de prédire l’avenir est de le créer ».
Cette citation est de Peter Drucker.
(Et là, maintenant, tout de suite, vous vous dites que ce cher Michel a peut être de la famille en Amérique – parce que Peter, ça fait américain. Ou anglais. Mais c’est plus « exotique » de se dire qu’il a de la famille en Amérique – )

Ok. Vous sortez. –>

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Une réflexion sur “La vie des autres

  1. Zavé un remède aussi pour la « quarantecinquaine » ? #siouijesuispreneuse
    J’admire et j’envie cette philosophie positive de vie…. 😉

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