Koh Lanta, ou la Mission Vacances

Oui. On l’aura compris, le repos n’était pas de la partie.
Le soleil, oui.
Les beaux paysages, oui.
Les braillements des bébés, oui.
Mais le repos n’était pas là. Parti de son côté. Pour se reposer sans nous. Un comble.
Comment ça, le repos n’arrive pas à se reposer avec toute la famille ??
Comment ça, le repos a besoin de congés TOUT SEUL ??
Comment ça, le repos a besoin de se reposer ??

Il faut dire que vous aviez bien chargé la mule.
Vous aviez décidé de mener des vacances à la Koh Lanta. Sur une île. Moins loin que la vraie, mais une île quand même.
Pour l’occasion, vous aviez fait la distribution des rôles :

Mari d’Amour, l’ambitieux : il y croyait dur comme fer aux vacances de roots en vélo-charette, en auberge de jeunesse (à 4 dans une touuuuute petite chambrée, toilettes et douches communes), sans la poussette (à quoi ça sert une poussette quand on a un bébé de 7 mois ??), à la sieste à la dure (sur la plage), et à la voiture qu’on laisse sur le continent (une voiture : mais pour quoi faire ??)

Vous, la sceptique confiante qui n’aurait pas du : vous, vous y croyiez moyen. M’enfin… vous avouez, vous avez validé. On verrait bien. Après tout, c’est une expérience (vous n’avez pas été déçue du test !). Du moment que vous pourriez souffler un peu, tout vous allait. Vous avouez. Vous n’auriez pas du être si confiante. L’ambition démesurée du plan aurait du vous alerter. Si aux prochaines vacances Mari d’Amour vous propose de passer 4 jours en gîte de haute montagne par -30°C avec les enfants sur un traîneau et vous en raquettes toute la journée, promis, vous vous méfierez. Vous y réfléchirez à deux fois.

Lapinette, la dormeuse contrariée (autrement dit : la chieuse) : empêchée de dormir par sa soeur le matin, par ses parents l’après midi, Lapinette n’a pas ronflé tout son saoûl. La moindre contrariété la scotchait au sol, ruant des pieds et toutes sirènes hurlantes. Venir manger, s’habiller, mettre ses chaussures, tout devenait sujet à caprice. Un vrai bonheur de la présenter à des inconnus (« c’est ma fille ! » « Oui, ça, ce machin gluant de morve, tout rouge et se roulant par terre. »  » Mon adorable petite fille ». « L’aînée raisonnable ».)

Mini-Lapine, l’insomniaque : Qui ne voulait pas dormir dans les bras, préférait brailler de fatigue. Qui ne voulait pas dormir dans son lit, préférait brailler de fatigue. Qui ne voulait pas dormir dans la charrette, préférait brailler de fatigue. Qui n’aurait de toute façon pas voulu dormir dans la poussette (ça tombe bien, vous ne l’aviez pas emmenée) (la poussette, pas Mini-Lapine. Z’auriez peut être du faire le contraire…). Dormir à 4 dans une même chambre, avec un bébé insmoniaque, je vous conseille de tenter l’expérience au moins une fois dans votre vie. Histoire de tester vos limites. Sur le principe de Koh Lanta, quoi.

Maintenant, plantons le décor (cadre idyllique, bien sûr !).
Belle Île en Mer.
Petit coin de paradis.
Ses petites maisonnettes colorées.
Sa côte sauvage.
Sa végétation luxuriante.
Son climat tempéré.
Ses plages magnifiques.
Son sanatorium de luxe.
Son auberge de jeunesse.

Bah oui. Faut pas croire, vous n’avez pas passé les vacances au sanatorium de Luxe. Valery Giscard d’Estaing (qui lui, y était), vous aurait foutus dehors à grands renforts de coups de pieds au cul en vous disant « Ô Revooiiir ».

Mari d’Amour avait prévu plus fun. Plus roots. Plus aventurier. Plus « Koh Lantesque ».
L’auberge de jeunesse.
Cette auberge de jeunesse où vous êtes installés à 4 dans 10m².
Cette auberge de jeunesse où vous dormez dans des lits superposés.
Cette auberge de jeunesse où une fois que vous avez déplié les deux lits parapluie dans la chambre, il est impossible d’y faire rentrer un grain de riz.
Cette auberge de jeunesse où si vous fermez la fenêtre pour la nuit, vous étouffez, et si vous l’ouvrez, vous caillez.
Cette auberge jeunesse où vous partagez le frigo avec tous les résidents.
Cette auberge de jeunesse où les jeunes tout bourrés vous réveillent en plein milieu de la nuit (de mèche avec Mini-Lapine).
Cette auberge de jeunesse où vous prenez votre douche à la queu leu leu (heureusement, avec Mini Lapine, vous étiez réveillés avant tout le monde, donc prem’s à tous les coups ! YOUPI !!).
Cette auberge de jeunesse où il faut trier les déchets (les couches c’est dans quelle poubelle ?).
Cette auberge de jeunesse où tous les autres résidents bouffent des graines d’alfafa et du quinoa bio, et vous regardent comme une extra-terrestre, vous qui n’allaitez plus et filez des petits pots Blédina à votre gosse de 7 mois.

Comme mode de transport, Mari d’Amour avait fait fi des clichés.
Comment ça, vous êtes une famille « bien sous tout rapports », qui trimbale ses enfants confortablement installés dans une voiture sécurisée, les protégeant de la pluie et du vent ?
A la dure, les gosses !
C’est quoi cette société de consommation où on ne sait même plus se passer de bagnole ??
Nan mais !
Tous dans la carriole !
Derrière le vélo.
Et roule ma poule !
C’est pas quelques côtes et un petit crachin breton qui va vous tuer, quand même !
C’est quoi ces mômes capricieux qui râlent dès qu’ils n’ont pas leur petit confort ?
C’est quoi cette bonne femme qui  souffle dès qu’elle doit grimper une « petite » côte ?
C’est quoi ces bébés qui réclament sieste et repas à heure fixe ?
A la dure, je vous dis !!!

Bon.
Ben le lendemain, finalement, Mari d’Amour a été louer une voiture.
Fin de l’aventure à vélo.

Et dire qu’il avait envisagé de tirer la carriole derrière un tandem.
Il y a quand même des jours où vous doutez de la santé mentale de votre mari…

Et bien entendu, pas de Koh Lanta sans épreuves. Sans quelques petits défis.
Pas de gain de confort en perspective, ni d’immunité. Juste des épreuves pour le fun. Pour l’aventure.

Épreuve numéro une : prendre le bateau avec Lapinette.
Lapinette qui vient de boire du lait.
Et alors ? Où est le problème ?
Trop facile, l’épreuve !
En fait, le problème, c’est le vomi sur les chaussures, le gilet, le T-shirt. Alors qu’on récupère les clés de la chambre à 18h et qu’on ne pourra se changer et se doucher qu’à partir de ce moment là.

Épreuve numéro deux : la sieste dans la carriole.
Vraiment utile d’en parler ?
NO sieste dans la carriole.
Mais des braillements tous l’après midi, ça oui. YOUPI !

Épreuve numéro trois : la nuit à 4 dans la chambre.
Avec Mini Lapine qui s’endort à 20h30.
Lapinette qui s’endort à 22h (c’est les vacances !)
Papa qui s’endort à 22h30.
Maman qui s’endort à 23h.
Mini-Lapine qui se réveille à 00H30.
Qui réveille Maman à 00H31.
Qui réveille Papa à 00H32.
Qui se rendort à 00h45.
Papa qui se rendort illico.
Maman qui se rendort à 1h15.
Mini-Lapine qui se réveille à 07h00.
Et tout le monde avec elle.
Sauf qu’on aurait bien dormi jusque… ouch… je préfère même pas y penser… (fais moi mal et fouette moi avec des orties fraîches)

Épreuve numéro quatre : le dîner avec Jean-Claude.
Car oui. En auberge de jeunesse, point de petit dîner aux chandelles.
Non contents d’avoir enfin réussi à coucher les filles (dans la cellule de 10 m², sans qu’elles se réveillent l’une l’autre), vous voici à l’heure du dîner.
Détente.
Bonheur.
Intimité.
C’est sans compter sur votre nouvel ami Jean-Claude.
Jean-Claude qui s’est fait greffer un verre à une main, et un cubis de rosé à l’autre.
Et dont le lever de coude est le sport préféré (il a compris que le vélo, c’était naze).
Jean-Claude qui vous flaire à 10 km.
Qui détecte THE minute précise où vous avez envie de rester peinards, et qui raplique illico à ce moment là, avec sa chaise, son verre de rosé, et son cubis.
Et qui vous parle, vous parle, et vous parle.
Pendant l’apéro, pendant l’entrée, pendant le plat, pendant le dessert, pendant la tisane.
Tout juste s’il ne se glisse pas sous votre couette après pour cuver en bonne compagnie (la vôtre).
Bref, Jean-Claude a animé la moindre de vos bouchées tout au long du séjour, du biberon du bébé à la tisane du coucher.
Jean-Claude vous a présenté à toute sa famille. Sa femme, grand gourou magnétiseuse de son état. Sa fille et son gendre, petits jeunes timides, qui ne rêvaient que d’une chose : se retrouver peinards pour vivre leur amour en paix (un peu comme vous). Voilà.
Ceci dit, vous auriez pu migrer à la table d’à côté, mais ça parlait graine de quinoa et développement durable, et franchement, vous vous sentiez pas à la hauteur du truc.
Y’a pas à dire, vos pots de Blédina et le rosé de Jean-Claude vous paraissaient bien plus rassurants et sympathiques.

Épreuve numéro cinq : le pliage de la tente Décathlon.
2 secondes pour la déplier, 2 secondes pour la plier, qu’ils disent sur la notice.
Tout promesse n’engageant que celui qui y croit, vous avez eu la bêtise d’acheter le truc en toute confiance, naïve que vous étiez…
2 secondes pour la déplier, ok.
2h pour comprendre comment la replier, et autant pour tenter de s’exécuter, et finalement confier la bête à une plagiste plus maligne que vous.
Elle, l’a pliée en deux secondes.
Honte sur vous pour dix générations.

Épreuve numéro six : les douches communes.
Avec deux bébés, sinon c’est pas drôle.
Dont un qui fait caca dans la douche, sinon, on se fait chier (c’est le cas de le dire).
Voilà. Tout est dit.

Épreuve numéro sept : demander à des jeunes de faire moins de bruit sans passer pour la vieille mégère de service.
Échec total.
Réponse des jeunes : « on s’en fout de tes gosses, si tu voulais du silence, fallait pas aller en auberge de jeunesse ».
Vous étiez outrée (en plus de vous être sentie ultra vieille), mais au fond, tout au fond, vous saviez qu’ils n’avaient pas tord.
N’empêche que le lendemain, vous avez jubilé quand une tripotée de familles avec des enfant encore plus jeunes que les vôtres sont venues s’installer à l’auberge.
Et vous avez eu votre victoire quand une maman excédée (pas vous), leur a hurlé dessus à deux heures du mat pour leur dire de la fermer (à côté, vous aviez été carrément douce et gentille).
Vieilles mégères : 1 – Jeunes : 0.

Épreuve numéro huit : prendre de belles photos.
Ce genre de photo qu’on arbore fièrement sur Facebook.
Parce qu’on a hyper bien cadré, qu’il y a une petite fleur au premier plan, un peu floutée, et un magnifique paysage en arrière plan. Parce que vous avez su capter toute la sauvagitude du lieu. Parce que vous êtes une artiste.
Ouais. Sauf que les artistes, ça prend le temps.
Et qu’entre deux biberons et une couche sale, vous aviez juste le temps de dégainer le portable et de prendre la photos que vous pouviez.
Reste que vous avez un sacré potentiel photographique, vous en êtes certaine. Mais pour plus tard.

Épreuve numéro neuf : la plage.
Avec un bébé qui a envie de faire la sieste.
Et un autre qui ne rêve que de sauter dans l’eau et échapper à votre surveillance.
Alors qu’il faut à la fois déplier la tente (la fameuse tente), et étaler de la crème.
Alors que la marée monte et, habituée que vous êtes à la Méditerranée, que vous vous êtes installée bien trop près du rivage.
Alors que du sable s’incruste partout, dans les tétines, dans les biberons, dans les couches. Et que vous n’avez qu’une douche commune pourrie pour nettoyer tout ça.

Épreuve numéro dix : courir après VGE.
Parce qu’en plus de prendre du plaisir dans la souffrance des vacances (fouette moi avec des orties fraîches), votre mari est un passionné de politique.
Ce qui, en certaines circonstances, vous complique un peu la vie.
Genre quand à table il décide de se lancer dans de grands débats avec les autres résidents de l’auberge de jeunesse.
Ou quand Giscard a décidé de passer ses vacances au Sanatorium de Luxe, juste à côté de l’auberge.
Inutile de dire que le zoom de votre appareil photo vous a servi à jouer les apprentis paparazzis. Sans succès, d’ailleurs.
C’est un coup de génie qui a provoqué la rencontre.
Un ancien président ne pouvant se passer de messe (avez-vous supposé), Mari d’Amour s’est posté à la sortie de l’église pour l’alpaguer dès la fin de l’office. Surpris, le Président !
La photo dans la boîte, vous pouviez enfin mettre un terme à ce périple tumultueux.

Le bateau vous attendait.
Vous êtes montée dedans avec délice.
Les épreuves de Koh Lanta ne seraient bientôt qu’un lointain souvenir.
Petit à petit, vous effacerez tout ça, pour ne garder que le meilleur.
Le soleil, les jolis paysages, le repos, l’amical Jean-Claude, la douce odeur du quinoa bouilli à tous les repas, les rires de vos enfants, la bière fraîche de l’apéro… et la perspective délicieuse de reprendre le boulot.
Pour vous reposer.
Salaud, le repos. Il est parti tout seul. De son côté.

L’année prochaine, c’est décidé, vous partirez en club. Avec lui.

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10 réflexions sur “Koh Lanta, ou la Mission Vacances

  1. Je suis juste … Ecroulée de rire !!! C’est ce qu’on appelle des vacances euh… calmes et saines ? :p !!! Je n’aurais pas tenu 4 jours entiers… Juste impossible !!!
    Et rassures-toi… Les orties c’est mon beauf qui s’y est collé… Le veinard n’a eu que quelques égratinures ^^ !! lol
    Bon courage pour la reprise du boulot… Et si jamais tu chopes le repos fait lui sa fête a ce lacheur :p !!! lol

  2. J’ai bien rigolé 😉 J’ai surtout bien visualisé Mari d’Amour attendant VGE à la sortie de la messe… Moi qui me suis dit en voyant la photo sur facebook : » waouuu ils arrivent à aller à la messe en vacances avec les 2 petites? » Mais ça c’était avant de lire le blog ;-)))

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