Putain, Tatie…

Enfin, vous avez cinq minutes. Enfin, ce n’est plus un secret. Enfin vous pouvez vous lâcher. Enfin vous pouvez le crier, le hurler sur tous les toits… VOUS ALLEZ DEVENIR TATIE !!!!!
Pas la tatie des copains, non. Pas la nana qu’on appelle Tatie alors que c’est pas tout à fait vrai. Pour faire genre on est proches, et on a rien trouvé de mieux que de se faire appeler Tatie par les gosses des copains pour se le rappeler, des fois qu’on oublierait.
Là, vous parlez d’une VRAIE Tatie. La Tatie du sang.
Cette nana, qui va accoucher dans 6 mois, c’est votre sœur.
Le même sang que vous. La même enfance. La même maison. Les mêmes jeux. Les mêmes délires.
Les délires de Rrrrrrémilie, de la salade de fruits carrés, de « il l’a ramassé par terre » et des co de noinoix.
Tu captes pas, c’est normal, c’est des private joke. Y’a qu’elle qui peut comprendre. Limite un peu votre frérot, mais même pas tout. Avec lui, c’est encore d’autres délires. D’autres liens. Aussi forts, mais différents…
Trois bouts de choux des mêmes parents. Trois gamins qui se sont toujours tenu la main. Qui se sont engueulés, aussi, mais jamais bien fort. Jamais vous ne vous êtes couchés fâchés. Jamais.
Votre frère et votre soeur, ils ont été longtemps votre priorité. Vos enfants, avant que vous n’en ayez. Les piliers de votre vie.
Maintenant ils sont grands. Des adultes. Même si votre soeur est toujours aussi frêle. Même si votre frère est toujours votre gros bébé. Vous êtes leur « grand croeur », leur « maman alice », comme ils vous ont un jour appelée. Vous les gardez dans votre coeur comme les petits enfants qu’ils ne sont plus.
Vous chérissez les instants de votre enfance que vous gardez comme des trésors dans un coin de votre coeur.
Les jeux avec votre soeur, à jouer à la poupée : Madame Martial et Madame Ducygne.
Les blagues faites à votre frère. A le déguiser en fille,  à le réveiller au milieu de la nuit, lui faisant croire que c’était l’heure de partir à l’école. Il n’est pas bien rancunier…
Les heures passées à inventer la vie de vos Barbie, à leur construire de belles demeures en Lego.
Les rêves communs que vous aviez au pied du sapin de Noël, à espérer la maison « Belle Epoque » Playmobil dans vos souliers, que vous n’avez finalement jamais eue. Mais la maison de Barbie, elle, était dans les paquets…
Les soirées à aider votre frère à faire ses devoirs. Il n’aimait pas ça. Mais vous, vous aviez l’impression d’être une petite maîtresse, et vous trouviez ça follement amusant.
Votre frère et votre soeur. Votre enfance. Vos piliers.

Par la suite, vous avez été collocs. D’abord avec votre soeur, quand elle a fait ses études. Pendant 6 ans vous avez habité le même appart. Mangé les pâtes à même la casserole, parce que ça évitait de faire la vaisselle. Oublié de sortir les poubelles. Décoré votre kitchissime kitchen avec les calendriers et les éventails que vous offraient le chinois d’en bas.
Puis votre soeur a pris son envol. Seule. Enfin presque. Elle a pris son appart. Juste à côté du vôtre. Sur le même palier.
Et votre frère a pris sa place. Un nouveau colloc. Des soirées passées à réviser. A lui faire ses pâtes. A l’encourager. Il faisait ses études, mais plus vous. Enfin plus tout à fait. Vous attendiez tant sa réussite. Et à force de travail, il les a eus, ses diplômes. Vous étiez tellement fière de lui. Votre petit Babou…
Lui aussi a fini par prendre son envol. Son appart. Juste au dessus du vôtre. Dans le même immeuble, 4 étages plus haut.

Inséparables, les frères et soeurs…

Mais un jour, il a bien fallu.
Il a bien fallu que Mari d’Amour trouve sa place, dans cette fratrie si soudée.
Il a bien fallu que Bofrère puisse respirer, dans cette envahissante famille.
Il a bien fallu que Babou aille chercher du travail et l’amour dans une autre région…

Vous étiez devenus des grands.
Vous vous êtes mariée. Vous êtes conventionnelle, comme fille. Limite ringarde, diraient vos frère et soeur. Vous avez eu vos deux filles. Vos deux amours. Trois, avec Mari d’Amour.
Votre Babou est descendu à la « Capitale », et a séduit une future bouquiniste.
Soeurette adorée s’est mise en couple, s’est officiellement installée avec Bofrère un peu plus tard. Ne s’est pas mariée. Ils ont acheté un appart, et sont partis en vacances au Vietnam. Ou l’inverse.

Et le bébé fut.
Personne ne vous l’a dit. Votre soeur ne vous a pas mise dans le secret. C’est un choix, c’est comme ça. Elle a attendu trois mois. Certainement échaudée par votre propre expérience. Une fausse couche ça fait mal au corps et au coeur. Elle voulait être sûre.

Il y a quinze jours, revenant d’un voyage au Vatican, après vous avoir collé une photo du Pape sous le nez, elle vous a demandé de fermer les yeux, et a déposé un document sur vos genoux. Son échographie.

Un seul mot vous est venu à l’esprit. Ça aurait pu être « génial ! », « super ! », « merveilleux ! » ou que sais-je… Ça a été « putain ».
Pas top, je sais.
Vous n’avez pu vous en empêcher.

Putain, votre soeur allait devenir maman.
Putain, Bofrère allait devenir papa.
Putain, vous alliez devenir Tatie.
Putain, Mari d’Amour allait devenir tonton, vos fille, cousines, et votre père à nouveau grand-père.
Putain.

Putain, ça vous colle le vertige. Vous êtes heureuse.
Mais il va falloir apprendre. Soeur, vous savez. Maman, vous vous y êtes faite. Mais Tatie, vous ne savez pas faire.
Comment on garde les enfants des autres ? Comment on aime ce sang qui est le vôtre, tout en étant, avant tout, celui de votre soeur et de Bofrère ? Comment on s’investit sans être envahissant ?

En vrai, comment on fait pour être Tatie ?
L’instinct maternel, ok.
Mais l’instinct tantesque (tatiesque ?), est-ce que ça existe ?

Soeurette, je te donne tous les conseils que tu veux pour devenir mère. Mais sache que tu ne seras jamais une meilleure mère que celle que tu as décidé d’être.
Et toi, tu me dis comment on fait pour être Tatie ?? Je crois que tu maîtrise mieux que moi…

Soeurette et Bofrère, bienvenue à votre bébé. Bienvenue au bébé qui a un peu de mon sang aussi… je l’aime déjà, mais certainement pas autant que vous… Soyez heureux. Heureux à deux encore. Heureux à trois ensuite.

Putain, je vais être Tatie…

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9 réflexions sur “Putain, Tatie…

    • Non !!!!! Ils sont pas passés à l’as !! C’est juste que j’avais pas appuyé sur le bouton « approuvé » ! Je les ai vus, mais j’avais pas encore fait… En fait, tant que j’ai pas répondu aux commentaires, je les approuve pas, pour éviter d’oublier d’y répondre. Et comme je suis la nana la moins organisée de la planète, ben voilà quoi ! 😉
      Merci pour ton gentil commentaire, en tout cas ! C’est vrai qu’avec mon frère et ma soeur, ça déchire grave !

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