Carte postale à mon temps libre

Cher Temps Libre,

Toi et moi, on n’a jamais été très proches. Je sais. Mon manque d’organisation nous a toujours séparés.
Je ne te l’ai pas souvent dit, mais je t’aime. Oui, après toutes ces années, j’ose enfin te l’avouer.
Il m’a fallu du temps pour m’en rendre compte.
Lorsque j’étais jeune, il y avait les études. J’étais toujours à la bourre, jamais à jour, je courrais après toi comme après le Saint Graal. J’enviais mes amis qui, la veille d’un exam pouvaient se payer le luxe de se coucher tôt parce qu’ils avaient déjà vu et revu tout le programme.
Moi, j’étais cette personne qui enchaînait tasse de café et guronzan pour tenir jusqu’au bout de la nuit, et passait sans transition à la salle d’examen sans même avoir pris le temps de prendre une douche. Enfin si. Quand même.
J’étais cette personne qui, l’avant-veille de rendre le mémoire, s’apercevait qu’elle n’en avait pas produit le tiers du quart de la moitié, et se tapait donc 72h non-stop de dactylographie frénétique. L’ordi plantait, l’imprimante plantait, tout plantait, et je me retrouvais donc dans l’obligation d’aller pleurer à la porte de mes potes qui touchaient leur bille en informatique pour me récupérer les fichiers. Ou à la porte de mon directeur de mémoire pour qu’il m’accorde un sursis.

Cette période a été très dure pour notre couple, cher Temps Libre.

Je me disais qu’on se retrouverait plus tard, après mes études.
Puis l’heure du premier job est arrivé. Un boulot qui me laissait pas mal de temps à passer avec toi. Mais folle que j’étais, je t’ai repoussé. Et j’ai parallèlement repris mes études.
J’avoue, je ne sais pas ce qui m’a pris.
J’aurais pu me lover dans tes bras avec délice en sortant du boulot.
J’aurais pu apprendre à mieux te connaître, mais non.
J’ai repris une vie hors du temps. Toujours en retard. Toujours pressée. Toujours débordée.

Et enfin, un jour, un éclair de lucidité a traversé mon esprit. J’ai arrêté mes études. Je me suis mariée.
Pendant un an, nous avons pu profiter l’un de l’autre.
C’était sympa, c’était tranquille, c’était cool.
Nous allions nous balader le dimanche avec Mari d’Amour. Nous sommes partis en Irlande, à Venise, à Oslo.
Mais quelque part, j’avais du mal à cohabiter avec toi. Tu ne me suffisais pas.
J’avais besoin d’autre chose pour remplir ma vie.

Alors un soir d’Avril, nous avons définitivement rompu.
Ce soir là, j’ai accouché de mon premier enfant. Ma Lapinette.
Et, Cher Temps Libre, nous ne nous sommes plus jamais revus.
Peut être à de rares occasions, mais toujours furtivement, en catimini, entre deux marathons de ma vie de maman.
C’est moche, je sais, de ne plus donner de nouvelle…
Mais que veux tu… Je crois que je m’habitude doucement à vivre sans toi.
Seulement, au fond de moi, je sais que même si entre nous ce sera désormais toujours compliqué, mon cœur t’est acquis. Et si d’aventure il m’arrive de pouvoir profiter de toi le temps d’une soirée, je me délecte de ces instants. Le pied, c’est quand on se fait un plan à trois avec Mari d’Amour.

En attendant de te revoir, cher Temps Libre, je te souhaite une belle relation avec les personnes qui croiseront ton chemin. Non, je sais, parmi elles, il y a peu de mamans, c’est comme ça… Sois indulgent. C’est pas que nous ne t’aimons pas, loin de là… J’espère que tu l’auras compris…

Je t’embrasse fort…
Je me languis de te revoir…

Alice

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s