Sa jolie école…

Vous avez déménagé il y a quelques mois. Dans la précipitation, un déménagement pas du tout organisé, le bordel total. Votre salut n’a tenu qu’à quelques personnes qui se reconnaîtront, et que je remercie encore mille fois (je n’ai pas oublié le resto, je n’ai pas oublié… !!!).
Dans ce chaos absolu, une petite lueur d’espoir vous laissait entrevoir des jours meilleurs : une école maternelle en face de la nouvelle maison, la panacée pour vous et votre réveil paresseux (moins paresseux que celui de Mari d’Amour, soit dit au passage). Illico vous y inscriviez Lapinette qui ferait sa seconde entrée en maternelle là bas.

Fin heureuse. Vous attendiez le jour de la rentrée avec impatience. Lapinette se ferait de nouveaux copains, ils pourraient venir jouer facilement à la maison, l’école étant en face, les mamans viendraient squatter à l’heure du thé en attendant la sortie de l’école (doux rêve utopique, sachant que jusque l’heure de l’apéro, vous êtes au bureau), bref, vous seriez une femme et une maman épanouie.

Bien évidemment, vous avez vite déchanté.

Le jour de la rentrée fut cauchemardesque. Lapinette se roulait par terre pour ne pas aller à l’école, l’assmat ne vous a jamais décroché un sourire, le maître semblait las des colères de votre fille, les mamans ne disaient pas bonjour, et, pour couronner le tout, une conspiration de commères s’était montée contre vous, avec la complicité de la « gardienne du passage piéton » engagée par la mairie, pour critiquer systématiquement l’endroit où vous gariez votre voiture. Ne pouvant la garer devant chez vous pour cause de passage piéton, vous tentiez de la caser à des endroits, ma foi, des plus arrangeants pour vous, et des moins dérangeants pour les usagers de l’école et le voisinage. Mais ça n’allait jamais : pas devant la maison du voisin d’en face, car la gardienne du passage piéton ne pouvait soi disant pas voir les bus arriver (????), pas devant la maison de votre voisine d’à côté, car c’est trop proche du passage piéton, pas trop à cheval sur la rue, pas trop à cheval sur le trottoir, pas au milieu de la rue, pas dans la cour de l’école. A la rigueur, il aurait été toléré que vous gariez votre voiture au milieu de votre salon… Elle était devenue la cible du quartier, alors que de gros sagouins garaient la leur n’importe comment dix mètres plus loin, mais manque de bol pour vous, c’est vous qui habitiez devant l’école.

Un mois après cette cauchemardesque rentrée, Lapinette se roulait toujours par terre pour ne pas aller à l’école le matin, se plaignait de ne pas se faire de copains, l’assmat ne souriait toujours pas, les maman ne disaient toujours pas bonjour, et les commères de l’école étaient en train de tenter d’attirer votre gentil voisin dans la conspiration contre vous. Pour couronner le tout, Lapinette était devenue une gamine insupportable limite ingérable. Rien ne marchait : la sévérité, la gentillesse, le chantage, la douceur, les engueulades, la pédagogie, les menaces, les punitions… Rien. Elle était devenue hermétique à toute autorité, vous étiez désespérée.

Et puis un jour, avec votre mari, vous avez abordé le sujet. C’est apparu comme une évidence : depuis la rentrée, votre vie était devenue un enfer.
Vous n’en pouviez plus de votre gamine insupportable, vous en aviez assez de l’assmat pas aimable, du maître lassé, c’en était de trop de ces mamans associables, et la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été le jour où cette putain de gardienne du passage piéton a été voir votre voisin pour lui demander d’aller sonner chez vous afin de vous faire déplacer votre voiture, alors que cette dernière était à une place parfaitement autorisée, bordel de merde d’emmerdeuse qui fait chier !
Ce jour là, vous avez dit STOP.

Ça faisait longtemps que ça vous trottait dans la tête. Ça faisait longtemps que Lapinette vous faisait des appels du pied. Quasi tous les jours, en passant devant son ancienne école, elle vous disait : « c’est mon école ! Mes copains ils sont encore dans cette école ? ». Et vous lui répondiez que oui. Elle vous demandait si elle pouvait y retourner. Vous lui répondiez que non.
Mais pour être honnête, vous aussi vous vous demandiez si vos mamans-copines emmenaient toujours leurs gamins le matin, et discutaient cinq minutes sur le trottoir avant d’aller bosser. Pourquoi ne le feraient-elle plus ? Et vous aussi vous vous demandiez si un jour Lapinette pourrait retourner dans cette magnifique petite école… toujours avec un pincement au cœur.

Certes, la population était moins guindée dans cette école, mais les mamans ô combien plus simples et sympathiques ! Certes, les locaux étaient moins neufs, mais Lapinette y avait créé ses petits repères rassurants. Certes, les enfants n’étaient pas toujours issus de familles favorisées, mais c’était des gamins chaleureux et ouverts. Il fallait bien se rendre à l’évidence : cette école, la première école de Lapinette, c’était un peu votre maison.

L’adorable directrice avait su y créer un cocon rassurant, sécurisant pour les enfants. Elle n’avait pas toujours un métier facile, mais elle se démenait toujours pour offrir le meilleur aux enfants. La fête de l’école avait été une réussite. Le bal folk de fin d’année un moment de pur bonheur. A chaque jalon de l’année : la semaine du goût, Noël, la fête des parents, la fête de l’école, le bal de fin d’année, vous appréciiez davantage cette école. Et pourtant… Vous aviez pris cette première année comme une année test.
Mari d’Amour voulait mettre Lapinette dans le privé, mais ils ne l’acceptaient pas si jeune. Vous avez donc testé le public. Vous même « enfant du privé », c’était pour vous une plongée dans l’inconnu. Pas une seule seconde de votre vie vous n’avez fréquenté d’école publique. Pas même lors de vos études supérieures. Pas un choix spécifique de votre part, plutôt celui de vos parents, mais c’était comme ça. Vous avez eu de super maîtresses, vécu des moments inoubliables, trouvé de fidèles amis, donc aviez une image plutôt positive du privé. Le public vous était inconnu. Vous aviez décidé, pour cette première année de ne pas trop vous investir, et de venir un peu en observatrice… Vous l’avouez, un peu méfiante au départ.

Et de fil en aiguille, vous avez pu observer : cette directrice qui se démène pour ses élèves, la ville qui organise tout le périscolaire de manière intelligente et arrangeante, des équipes pédagogiques investies, la mairie et l’école qui travaillent main dans la main, des parents heureux, une entraide visible, le sourire sur tous les visages.

A la fin de l’année, Mari d’Amour a vaguement tenté de vous convaincre de mettre Lapinette dans le privé, mais pour vous, il n’en était plus question. Puis ce déménagement, cette nouvelle ville, cette nouvelle école. Certainement très bien, c’est sûr. Les équipes étaient aussi investies, vous n’avez rien à leur reprocher. Si : l’assmat aurait pu sourire, le maître paraître moins agacé par votre fille (mais à sa décharge, elle était RÉELLEMENT insupportable), et la gardienne du passage piéton aurait pu vous lâcher les basques avec votre bagnole. Mais vraiment, en soi, cette école était aussi parfaite en son genre.

C’est juste que vous n’étiez pas faite pour elle, elle n’était pas faite pour vous. Et pas pour Lapinette.

Après de nombreux nœuds au cerveau, de nombreuses tergiversations, pas mal d’hésitations, vous avez tranché : Si c’était encore possible, après les vacances de la Toussaint, Lapinette retournerait dans son ancienne école.
Vous vous êtes bien sûr posé mille questions : n’était-ce pas une solution de facilité ? N’était-ce pas céder à ses caprices ? N’était-ce pas un aveu de faiblesse ? Etait-ce bon pour elle ?
La directrice de la nouvelle école a tenté de vous convaincre du contraire : l’envoyer chez le psy et attendre jusqu’à Noël pour prendre votre décision, et voir si elle finirait pas s’adapter.
Avec Mari d’Amour, vous avez pris le temps de la réflexion. Discuté avec les directrices des deux établissements, pesé le pour et le contre. Et êtes restés sur votre idée. Lapinette changerait d’école. Bon, pour être totalement honnête, le fait que la gardienne du passage piéton envoie votre voisin sonner chez vous a pesé lourd dans la balance, et alors que vous hésitiez encore, elle a elle même marqué le point final de votre réflexion. Marre de la supporter. Marre de supporter votre fille dans cet état. Marre de ne pas vous sentir « chez vous ».

Retour « à la maison », là où Lapinette avait fait son nid.
Retour dans la même classe que Mini-Voisin.
Retour dans son école chérie.

Vous avez fait les démarches. Un peu dans la précipitation, un peu dans la désorganisation, c’est votre marque de fabrique.
Vous avez du annoncer cela à la directrice de la future-ex-école. Votre décision n’a pas été comprise ni très bien acceptée. Vous avez eu droit à votre petit sermon. Qu’à cela ne tienne. Non, vous n’enverriez pas votre gamine chez le psy, non vous n’attendriez pas jusque Noël pour espérer que le psy résolve son problème d’adaptation à sa nouvelle école. Elle retournerait dans l’ancienne, elle y serait bien, vous aussi, tout rentrerait dans l’ordre. Point final.

Lapinette a effectué son dernier jour de classe, et, au soir des vacances de Toussaint, vous lui avez annoncé la nouvelle : fini. Elle ne retournerait plus dans cette école, mais rejoindrait ses anciens camarades à la rentrée. Et pendant les vacances, elle irait une semaine au centre aéré, avec ses copains de toujours.

Ce soir là, elle a été adorable. Le week-end qui a suivi aussi.
Vous avez d’abord mis cette soudaine sagesse sur le compte du week-end familial, passé chez votre père. Peut être ne voulait elle pas déplaire à son Papi… Mais non. Une fois rentrés à la maison, son comportement a perduré. Elle ne hurlait plus le matin, elle s’habillait et allait au centre aéré toute joyeuse. Elle allait se coucher sans comédie. Mangeait ses légumes sans difficulté. Acceptait les ordres. Était de nouveau souriante.
Elle n’était plus la même.

Elle savait qu’elle n’y retournerait plus. Elle était à nouveau bien dans ses baskets.
Vous aviez retrouvé votre Lapinette.

Et le jour de la rentrée, la gardienne du passage piéton ne pourra plus rien vous dire. A l’heure où elle commencera à agiter frénétiquement son petit panneau rouge en regardant partout où se trouve votre auto, vous serez partie déjà depuis une dizaine de minutes conduire votre fille dans sa jolie petite école qui fleure bon le bien être…
Et la gardienne du passage piéton n’aura plus que ça à faire, que de commérer sur cette voiture soudainement disparue, pendant que vous retrouverez MaVoisine et toutes les autres mamans si gentilles de cette école que vous aimez tant… et où votre fille se sent si bien…

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