Sous les jupes des filles

Vous voilà rentrée depuis une semaine. Reprise du boulot et chaleur : vous avez à peu près autant d’énergie qu’une moule apathique.
Néanmoins, vous êtes pleine de bonnes résolutions : la nourriture saine, le sport, l’éducation des filles, vous allez tout changer. Tout.

Alors pour préparer la rentrée comme il se doit, vous avez décidé d’aller faire une petite virée shopping. Vos filles seront présentables pour leur premier jour. Du moins les quelques premières minutes, puisqu’elles termineront inévitablement les pieds dans une flaque d’eau si vous avez de la chance, ou dans une mare de boue sinon.

Vous voilà donc arrivée dans le temple de la mode enfantine à pas cher. Pour des fringues qui termineront rigides de boue et trop petites d’ici quelques mois, vous n’avez pas envie que votre salaire y passe…

Mamilou vous accompagne, vous ne serez pas trop de deux pour tenir les monstres dans le magasin. Elle pense vous accompagner pour un moment de shopping agréable entre filles, vous vous gardez bien de lui révéler la vérité. Avec les filles, ce sera épuisant et humiliant. Epuisant car courir partout après deux furies dans un magasin bondé et sans clim un jour de canicule n’est pas de tout repos, et humiliant parce que vous risquez fort de passer au mieux pour une mère incapable de tenir ses enfant, au pire pour une folle furieuse complètement dégénérée. C’est comme ça, c’est la vie de parent.

Mamilou est pour l’instant pleine d’entrain et d’allant à l’idée de ce petit épisode délicieux et rafraîchissant en ce jour de canicule.

Tout commence dans le parking. Visiblement, la moitié de la ville a eu la même idée que vous. Bon, vous vous contenterez de la place F16, elle fera l’affaire. Ne pas oublier le numéro de la place, ne pas oublier le numéro de la place, ne pas oublier le numéro de la place.
Vous dites à Mamilou : « Vous vous en souviendrez ? Nous sommes à la place F16 ! »
Vous dites à Lapinette : « Tu te souviendras ? Nous sommes à la place F16 ! »
Vous dites à Mini-Lapine (juste pour la forme) : « Toi aussi, tu te souviendras ? Nous sommes à la place F16 ! »
Et Mamilou de vous répondre : « C’est bien noté ! Nous sommes à la place 16F ! »
Bon, c’était pas gagné…

Vous démarrez votre périple. A ce stade, Mamilou s’attend encore à passer un instant de détente. Ses illusions s’envoleront d’elles-même, inutile de lui sapper le moral tout de suite.

Vous arrivez aux tapis mécaniques puis aux escalators. Votre progéniture, en bonnes filles de la campagne récemment arrivées dans la jungle urbaine, ne maîtrise pas totalement le concept… Elles trébuchent en montant sur le tapis, s’extasient d’avancer seules, et trébuchent encore en descendant du tapis. Mamilou manque d’avoir sa première crise cardiaque. Mais elle trouve cependant encore la force de s’extasier devant les belles boutiques. Elle aussi vient d’un coin moins urbain. A vos yeux, le supermarché et ses galeries commerçantes ne sont qu’une jungle hostile. Seul le Subway trouve grâce à vos yeux. Manger sain, manger sain, manger sain, c’est une de vos resolutions. Next, vous passez devant le Subway dignement, sans même saliver. Enfin pas trop.

Vous arrivez au magasin. Le temple de la fringue pas chère. Et le paradis des enfants infernaux. Mamilou commence à déchanter sévère. Entre ses petites filles qui courent partout entre les rayons et sa belle-fille un peu trop bornée sur le choix des vêtements (et alors ?), elle se dit que finalement, rester enfermée dans l’appart, c’était plutôt bien. L’épuisement commence à la gagner. Mais elle ne se sent pas encore assez humiliée par le comportement de ses petites filles pour quitter le magasin. Vos filles vous harcèlent pour acheter un ventilateur de poche, cachant des bonbons en sa base. Vous dites non. Mamilou, solidaire, dit non. Têtues, vos filles arrêtent une vendeuse : « Madame ! Est-ce qu’on peut acheter le ventilateur ! ». Trop contente de refourguer ses merdes invendables, la jeune fille valide l’achat. Vous brisez ses espoirs en réitérant votre veto. Non, vos filles ne ressortiront pas du magasin avec ça !

Vous poursuivez vos courses au rayon chaussures. Vos filles vous suivent espérant que les chaussures roses à paillettes qu’elles ont repérées finiront dans votre panier. Encore une fois, espoir déçu. Subrepticement, elles glissent alors dans votre panier des barettes roses brillantes dignes de la coiffure de Barbie Disco. Très tendance dans les cours de récré, mais pas sur la tête de vos filles. Vous perdez patience. Ca suffit, non, vous ne leur achèterez pas toutes ces choses inutiles, on est là pour leur trouver une tenue de rentrée ! Vous leur criez un petit coup de dessus, histoire de leur faire comprendre qui est le patron, ici.

Lapinette se dandine, les mains rassemblées sur ses genoux, sa robe ramassée contre elle.
Mini Lapine se dandine et farfouille dans sa culotte.
Dans sa culotte ???
Vous prenez conscience que quelque chose cloche…

« Mais qu’est-ce que tu as dans ta culotte?!! » hurlez vous, complètement hystéro.
« Rien Maman », vous répond votre menteuse en chef.
« Et toi, qu’est-ce que tu caches dans ta robe ? demandez vous à sa soeur.

Vos deux gamines se regardent, avec leur air de « on s’est fait pincer, reste-t-il un espoir pour que la reum croie à un bobard qu’on aurait le temps d’inventer vite- fait ? »

Mais la reum a été enfant. Une enfant honnête, certes, mais une enfant quand même. Et la reum a vu le paquet de bonbons qui dépassait de la culotte et de la robe ramassée entre les jambes de Lapinette. Et la reum a honte. Car la progéniture a commis le méfait devant Mère-Grand dont le monde s’écroule : ses petites filles seraient donc des délinquantes ?

Vous décidez que la sentence serait terrible. On ne cache pas des bonbons dans sa culotte, que diable ! Tant pis pour vos filles. Une bonne engueulade plus tard, avec privation de manège et de glaces pour la journée (vous deviez les emmener au petit parc d’attraction en face de chez vous, elles se contenteront du bac à sable), vous arrivez à la caisse.

Vous déposez les vêtements pour la rentrée. Ceux là même qui termineront rigides de boue. La caissière les scanne et vous annonce le prix. Vous fouillez dans votre sac à la recherche de votre portefeuille, et là, panique, il ne s’y trouve pas. Vous vous repassez votre journée en tête… Vous aviez pourtant bien votre portefeuille ce midi, puisque vous avez déjeuné avec une cliente… Non. Ca vous revient : il est dans votre sac bleu. Mamilou n’a pas sa carte sur elle, et n’a pas pris assez de monnaie. Reste une dernière solution : la culotte de votre fille. Sera-t-elle assez grande pour contenir les vêtements afin que vous puissiez ressortir avec, ni vue ni connue ?

Vous doutez fortement. Et il serait de plus totalement anti-pédagogique vis à vis de votre fille de procéder ainsi…

Tant pis. Vous sortez du magasin la tête haute.

Mamilou manque à nouveau d’avoir un arrêt cardiaque dans les escalators, et est au summum du bonheur lorsque nous arrivons au parking. Elle entrevoit la fin de cet après midi d’enfer. Elle se met en quête de la place 16F. Qui n’existe pas.

Se souvenir du numéro de la place, se souvenir du numéro de la place, se souvenir du numéro de la place… F16. Heureusement que vos filles sont là !

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