La réunion des relous

La rentrée est donc passée. Vous avez vécu des soirées délicieuses à remplir des formulaires en 15 exemplaires chacun, pour chacune de vos filles, soit x fois la même info à donner à l’école (oui, au bout du 20ème formulaire, vous portiez toujours le même prénom, et habitiez toujours à la même adresse. Note à vous même : suggérer à l’école d’investir dans un bon photocopieur. C’est bien, ça les photocopieurs…).

Vint alors l’heure des réunions de classe. Les maîtresses devaient expliquer le programme.

En grande section, le défi de la maîtresse de Lapinette ne serait pas de lui apprendre son alphabet en script ou en attaché, ne serait pas de lui faire comprendre comment les sons fonctionnent et se combinent entre eux, ni même de lui faire faire ses premières additions, non. Son défi majeur serait de lui apprendre à rester assise. C’est comme ça, l’Homme descend du singe, il y a des personnes chez qui ça se voit plus que d’autres, et Lapinette fait partie de ces gens là. Toujours en train de faire l’imbécile.

A la réunion de grande section, les parents avaient été plutôt cools. Bon, il y en avait bien un ou deux qui avaient râlé de savoir que des irréductibles parents amateurs de malbouffe comme vous distribueraient encore cette année des sachets de bonbons le jour de l’anniversaire de leurs enfants, mais les motifs de mécontentement n’allaient pas chercher bien loin. Ambiance cool et détendue pour les parents des grands.

En revanche, un nid de relous se cachaient dans la classe des « petits-moyens ».

Déjà voilà, « petits-moyens », ça avait fait râler. Pas vous, certes, votre fille est parmi les petits, et vous nourrissez l’espoir secret que la maîtresse vous annonce que vous avez mis au monde un génie qui pourra passer son bac à la fin de l’année, donc vous n’avez pas râlé qu’elle puisse profiter du savoir et de la grande sagesse des « moyens ». Mais les parents des moyens ont eu du mal à avaler la pilule… on tirait leurs enfants vers le bas. Et voilà un quart d’heure de perdu, passé à rassurer ces parents fort inquiets de savoir si leur enfant ne rétrograderait pas de score de QI à la fin de l’année. 2ème année de maternelle, quoi…

Next phase relou, donc. Quand la maîtresse annonça l’achat d’un tableau interactif pour la classe. De joie, vous faillites tomber de votre chaise taille mini (trop mini pour vos grosses fesses, d’ailleurs). Et là, THE Mère Relou première catégorie de balancer à la maîtresse : « Mais quand même, je ne remets pas en cause vos compétences (ben en fait, si), et vous connaissez mieux votre métier que moi (ben en fait… oui), mais je ne trouve pas que l’achat d’un tableau numérique soit un fin en soi… Ce qui compte, c’est la pédagogie ! ». Et là, la maîtresse a gardé le sourire. Une sainte, cette femme. Une sainte. Bien évidemment, connasse, que le tableau numérique n’est pas fait pour que ton gamin regarde Tchoupi toute la journée pendant que la maîtresse se la coule douce en salle des profs ! Nan mais allô ! Et la maîtresse d’expliquer tous les exercices interactifs dont son chiard allait pouvoir profiter grâce à la « tablette géante ».

Malheur ! La maîtresse utilisa malencontreusement le terme « tablette géante ». Et là, THE Père Relou (pas le mari de la Mère Relou, mais avec une compétence à la relouitude toute aussi développée) s’inquiéta : « Mais ils ne sont pas trop jeunes pour être devant des écrans à leur âge ?! ». Putain de Père Relou… Vous avez soupiré très fort. Et tenté d’encourager la maîtresse dans ses initiatives numériques : « Ah c’est génial ! Ah, ils vont pouvoir apprendre plein de trucs ! Ah c’est super ! Ecole numérique, tout ça, tout ça, poids des cartables et flexibilité de l’apprentissage… ! » Mais ces arguments ne touchèrent pas le moins du monde Père Relou et Mère Relou.

La maîtresse passa alors au sujet suivant. L’Education Nationale tente de suivre scrupuleusement les recommandations du Plan National Nutrition Santé. 5 fruits et légumes par jour, et pas de biscuit à la récré. Donc interdiction pour les enfants d’apporter des goûters à l’école. Non : l’école demande aux parents de donner un fruit le lundi, et l’ensemble des fruits sera partagé tout au long de la semaine entre les enfants. Vous, clairement, vous adorez l’idée. Vos filles reviennent de l’école en vous balançant que le kiwi c’est délicieux alors que vous n’en achetez jamais… C’est top !
Mais Père Relou, bien que pas réellement réfractaire à l’idée en soi, trouva une fois encore un motif d’exercer ses talents de relou. Parce qu’un jour, l’année dernière, son fils (ou sa fille, peu importe), revint de l’école avec ses fruits encore dans son sac le soir même. Et que si les maîtresses ne font pas attention, eh bien ça pourrit dans les sacs, et que c’est pas bien, et que ça sent mauvais dans les sacs, et que les petits les oublient, et donc quelle solution on pourrait trouver ? « Pourriez vous fouiller dans tous les sacs tous les matins pour voir si un fruit n’aurait pas été oublié par mon gosse ou moi même ? » Bref, donner des fruits aux gosses, dans ces conditions là, c’était problématique. Certes. Alors que faire ? Et là, Sainte Maîtresse de répondre : « Aucune solution n’est idéale, mais nous ferons attention, et nous ferons au mieux ».
Vous connaissant, si vous aviez été à sa place, vous l’auriez géré moins cool. Un petit « va faire ton relou ailleurs que dans ma classe » aurait parfaitement fait l’affaire. Mais vous laissez la maîtresse prendre ses marques parmi sa horde de parents.

Place à l’explication du plan Vigipirates. Dans les conditions édictées par l’Education Nationale, difficile d’envisager des sorties comme « au bon vieux temps », l’équipe pédagogique verrait au fil de l’eau quelle latitude leur serait donnée pour faire découvrir le « monde extérieur » à leurs élèves. Ouf, vous êtes rassurée : l’équipe enseignante est vigilante, et votre fille est protégée. Vous les aimez d’amour, ces maîtresses.

Mais Mère Relou ne l’entendait pas de cette oreille. Nan mais quel dommage que son fils (ou sa fille ??) ne puisse pas aller risquer sa vie à l’extérieur sous prétexte que de méchants barbus pourrait lui faire sauter la cervelle ou prendre la classe en otage pendant qu’elle ramasse des marrons dans le parc tranquillou !!! Nan parce que ramasser des marrons, c’est une expérience à ne pas rater, dans une vie ! Et la maîtresse d’expliquer : « Non mais rassurez vous, on fait faire des choses à vos enfants ! Pour le jardinage, on a fait un potager dans les espaces verts de la cour, pour la sortie à la ferme, on a fait venir les animaux de la ferme à l’école (même la vache, oui !), on les a même emmenés au cirque, on fait venir le Père Noël et les grands vont à la piscine… C’est juste que l’Education Nationale est prudente sur les sorties… Le contexte est compliqué, quand même, et notre responsabilité est grande… ». Et Mère Relou de rétorquer que découvrir le monde c’est teeeeeeellement merveilleux ! Oui, bon, bref… Ce sera la première à attaquer l’école s’il arrive quelque chose à sa progéniture (que vous espérez moins relou qu’elle). Vous ça vous va, les maîtresses savent ce qu’elles font et comment elles doivent gérer.

Enfin, arriva la phase conclusive de cet épanouissant moment relou. La maîtresse annonça que ça y est, la phase de pleurs de début d’année était terminée. Aaaaahhhh ! Avez vous fait : « Ca doit vous faire du bien, parce que c’est pas évident à gérer, les pleurs des petits ! ». Mais la Mère Relou ne l’entendait pas ainsi : « Quoi ?? Vous trouvez vraiment que les pleurs c’est terminé ? Nan parce que ce matin, quand j’ai déposé mon fils (ma fille ??), il y avait encore des enfants qui s’accrochaient à leurs parents ! C’est quand même violent pour les enfants, d’entendre les autres pleurer ! On ne pourrait pas faire quelque chose ?? »

Pour les enfants qui pleurent, vous ne savez pas, mais pour elle, vous entrevoyiez bien une solution : la dégager de la réunion afin qu’elle aille balancer son fiel ailleurs.

Jamais réunion de parents ne vous parût plus pénible. Pauvre maîtresse… Tout ce qu’elle disait était sujet à controverse, alors qu’elle désirait faire pour le mieux…

Non, parce qu’en plus, il faut bien l’avouer, en chaque parent sommeille un relou… Vous aussi vous avez eu vos petites tentations, au cours de la réunion. Notamment lorsque la maîtresse annonçait le programme, vous auriez bien crié à qui voulait l’entendre : « Ben ça, et ça, et ça, et ça… ma fille sait déjà le faire ! ». Parce que forcément, un parent fier est un parent relou. Mais vous vous êtes abstenue. Enfin presque. Vous avez juste tiqué lorsque vous avez appris qu’on attendait de votre fille qu’elle sache dénombrer des objets jusque 3. 3, sérieux… On veut faire de votre fille la future Nabilla ou quoi ? Alors vous avez demandé des précisions à la maîtresse : êtes vous sûre que ce n’étaient pas les objectifs de l’année dernière ? Non, non. Votre fille, au mois de Juin, devra savoir dénombrer des objets jusque 3… L’année mathématique risque d’être très longue… M’enfin … Vous ne serez pas ce parent relou. Alors vous n’avez rien dit.

Et le soir, en rentrant, vous avez soûlé votre Belle-Mère, en lui racontant cette horrible réunion où tous les parents étaient relous. Conclusion : vous n’êtes pas un parent (trop) relou, mais vous vous rattrapez en tant que belle-fille ! Pauvre Mamilou !

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