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La Bonne du Curé

C’était hier, jour de mistral. Point de plage, point de piscine, nous nous dirigeons vers l’arrière pays pour une journée de visites et de balade.
Petite halte à Notre Dame des Grâces, nous visitons le lieu et faisons un brin de shopping dans la boutique du monastère. Pas de bol, les soldes étaient finies. Moins cinquante pour cent sur les cornettes de bonnes soeurs, vous auriez pu avoir un petit look un peu sympa pour l’été.
Mais voilà que Mini Lapine se prend d’amour pour une statue de ce qui vous semble être Saint Joseph (mais vous n’êtes pas bien certaine : le saint Joseph de l’Eglise visitée la semaine dernière à Turin s’est révélé être Saint Ignace) (le Saint Patron des coiffeurs)(nan, c’est une blague –> Saint Tignasse, au cas où l’on ne comprendrait pas votre humour douteux, qui est en réalité celui de Mari d’Amour – vous tenez à votre honneur !). Bref, vous ne savez même plus où vous en êtes…
Ah oui. Donc Mini Lapine se prend d’amour pour une statue.
La statue était posée à terre, de sa taille, à peu près… Et Mini Lapine qui l’enlaçait, qui l’embrassait, qui lui donnait du « mon amour » et du « mon chéri ».
« Au revoir, mon chéri ! Et tu surveilles bien notre petite poule ! »
Vous la soupçonnez alors d’entretenir des desseins peu pieux envers ce moine.
Vous lui demandez des précisions : « Mais, ma chérie, quand tu l’appelles « mon amour », c’est parce que c’est ton fils ou alors c’est parce que c’est ton amoureux ? »
Elle vous regarde alors comme une pauvre cruche, du haut de ses trois ans et demi, et vous répond : « Mais Maman, quand on dit « mon amour », tu sais très bien ce que ça veut dire ! » Haussement d’épaules, et elle se tourne alors à nouveau vers « son amour ».
Entre, à ce moment, dans la boutique, un moine. Un vrai. Avec la robe de bure, le chapelet et tout le tralala. Réplique vivante de la statue de Mini-Lapine. Il se dirige vers les livres, et reste un bon moment à méditer devant.
Mini Lapine vous rejoint et vous demande : « C’est un vrai monsieur, Maman, ou c’est une statue ? »
« C’est un vrai Monsieur, ma chérie ! »
Elle semble perplexe. Il ressemble tant à « son amour », la statue ! Elle reste en embuscade à l’observer, jusqu’à ce que le moine esquisse enfin un mouvement.
« Ah, tu as raison, Maman ! Il a bougé la tête ! »
Bien sûr, fille, que vous aviez raison ! Mais vous craignez quand même qu’elle ne reporte tout son amour sur ce moine bien vivant. Il était temps de partir de la boutique… Votre fille était sur le point démarrer une brillante carrière de bonne du curée…

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Six mois sont passés…

Et voilà. Vous avez brillemment échoué à tenir votre engagement. Plus que brillamment. Vous êtes sacrément fières, dites donc !
La grande classe internationale.Sérieux, fallait le faire !
S’engager à écrire tous les jours, le faire jusqu’au 21 Janvier (ou 22, ou 23, vous ne savez même plus…), et s’arrêter brutalement… Ca c’est un fameux échec !
MAIS, car il y en a toujours un, vous avez une bonne excuse. Ah ça oui ! Quelle bonne excuse vous avez !
Vous avez repris une formation, et votre demi année a été plus que chargée. A peine avez vous eu le temps de filer à bouffer à vos gosses. Et vous avez déménagé, aussi. Et vous avez eu de sacrés gros dossiers au bureau.
Mais là, vous êtes en vacances. Alors vous reviendez.
Bon, certes, vous n’êtes plus satisfaite du nom du blog… Le Pays des Couches vous paraît bien loin depuis deux ans qu’aucun paquet de couche n’a franchi le seuil de la maison. Et pour tout dire, vous avez choisi le nom à la va vite, histoire d’ouvrir ce blog rapidos, afin de remplir les longues heures vides sur votre île paradisiaques, quand vous y étiez. Heureusement, vous l’avez quittée (l’Île, pas le blog !). Le Nord, c’est grave plus cool.
Bref. Vous ne cherchez pas à vous excuser, même si un peu quand même, mais vous revoilou.

Maintenant, vous avez un diplôme de coach en poche. Coach scolaire, aussi. Comme si vous n’en n’aviez pas encore assez de vos gosses. Mais pour l’instant, vous allez vous en tenir à votre métier. Coach en entreprise, ce sera déjà pas mal, on rajoutera le scolaire en temps voulu. Le plus tôt possible, hein, soyons clairs. Ben non, vous n’en avez pas encore assez de vos gosses. Ceux des autres, il faudra que vous mettiez votre nez dans leur éducation. Nan mais ho, quoi ! Mais pas tout de suite (en vrai, le coach ne met son nez dans rien du tout, que personne ne prenne peur !).

Tout de suite, là, maintenant, vous avez envie de tenir un autre engagement. Un engagement que vous avez avec vous même. Celui d’écrire. N’importe où et n’importe comment, mais écrire. Car depuis le dernier mot publié ici, vous n’avez rien produit. Nada. Enfin si. Un mémoire pour votre formation, dans lequel vous parliez de psycholinguistique. Tu parles d’un pied !
Mais de blog, point. De nouvelle, point, et ne parlons même pas du roman que vous avez abandonné à son quatre ou cinquième chapitre. Et que vous ne reprendrez pas tout de suite, parce que l’histoire est loin, l’héroïne est trop cruche, et que vous n’arrivez pas à lui donner le caractère que vous souhaitiez…
Alors doucement, tout doucement, vous allez vous y remettre… Un article ici. Peut être d’autres, des concours de nouvelles et pourquoi pas de romans (si vous êtes assez rapide… ce qui pourrait être possible !), et… des vacances. Car là, maintenant, tout de suite, ce dont vous avez besoin, c’est de vacances. La demi-année fut trop chargée, et vous vous excusez encore bien platement de n’avoir pas tenu votre engagement…
Souffler, c’est l’urgence.
Alors à très vite, en pleine forme, et pleine de projets !

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J17, J18, J19… Si c’est pas de l’efficacité, ça !

Bon, sérieux, qui a déjà fait ça : trois jours en un ?? Hein ? QUI ?
Ben VOUS. Oui, je sais. Vous êtes d’une redoutable efficacité. D’un redoutable professionnalisme. Limite votre performance ferait peur à tous ceux qui seraient moins doués que vous. 3 jours en un, quoi. C’est tout vous, ça.

Bon. Maintenant, quelle excuse pour justifier de cette efficacité sans précédent dans l’histoire des blogs ?

La couture, bien évidemment. La couture, Madame…

Et les clients.

La déborditude, quoi.

Ces clients que avant de rentrer chez eux, vous soufflez parce quevous vous dites que bon… à quoi je sers, qu’est-ce je vais leur apporter, qui suis-je, où vais-je, dans quelle étagère ?
Et puis finalement, quand vous ressortez, vous avez quand même l’impression d’avoir servi à quelque chose (enfin parfois), mais vous êtes en retard pour aller chercher les filles à l’école. Parce que c’est vrai, vous êtes une grande babelle. Sérieux, 19h hier, la garderie fermait… Dehors les lapinous, l’heure des mamans c’est fini !

Donc 3 jours en un… Et que même hier vous avez re-annulé votre RDV chez la nutritionniste… La déborditude… ou le refus de payer 50 euros pour vous annoncer que vous avez pris 3 kilos…

Ok… 3 jours en un, et vous n’avez pas de vraie excuse, mais après tout : n’est-ce pas redoutablement efficace de rédiger 3 jours en un ?

On est d’accord. Vous êtes absoute.

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J12… ou l’enfant malade.

On vous appelle à 15h.
Faut pas déconner, vous êtes en pleine réunion de boulot, une coupe de champagne à la main, et une part de galette dans l’autre. Que c’est même pas vous qui avez eu la fève.
Nan mais allô, quoi, 15h, z’aviez pas que ça à faire.

Bon. Le numéro est suspect. Il sent l’urgence. Il ne commence ni par 09 ni par 08, et a un indicatif régional. On semble vraiment vous connaître, à l’autre bout du fil. Pfffff…. Vous décrochez. Si la nana qui répond veut vous vendre un plan obsèques, vous l’enverrez bouler sévère.

Mais non, c’est la directrice de l’école, vous vous abstiendrez.

Vous n’aimez pas avoir la directrice au bout du fil. Non pas que vous ne l’aimiez pas, hein. Rien à voir. Mais disons qu’elle vous passe rarement des coups de fil de courtoisie le jeudi à 15h, en pleine galette des rois : « les enfants, je vous laisse, c’est pas que je m’ennuie avec vous, mais j’ai un truc super sympa à raconter à la maman de Mini-Lapine ! ». Nan. Elle a rarement des trucs super sympa à vous raconter le jeudi à 15h.
Vous redoutez plutôt un bras cassé, un vomi ou une poussée de fièvre.

Mais la surprise fut heureuse. Enfin « moins pire » que ce à quoi vous vous attendiez…
« Je me permets de vous appeler (de me déranger en pleine galette des rois serait plus exact) car votre fille n’a rien mangé à midi (tant mieux, elle mangera sans problème ce soir), a les joues rouges (elle est pas belle, ma fille ?), mais elle n’a que 37,4°C de température (donc tout va bien, finalement). »
Soulagement.
Vous remerciez la directrice de sa démarche attentionnée. 37,4°C et les joues rouges, ça peut manifestement attendre.
Et vous retournez à votre galette, en râlant un peu parce que votre coupe de champagne s’est réchauffée au contact des 37,4°C de température de votre fille.
M’enfin.
L’après midi se passe. Vous parlementez avec vos collègues et vos patrons : vaut-il mieux recruter un commercial avec un bon réseau ou avec la gniak ? Vous : « les deux ». Vos patrons : « ça coûte trop cher ». Vous : « c’est un investissement ». Eux : « oui mais dans 5 ans seulement on pourra se le permettre ». Vous : « mais c’est aujourd’hui qu’on a besoin de se développer ». Eux : « c’est nous les patrons ». Vous : « faites comme vous voulez, après tout c’est votre boîte ». Frustration. Nouvelle coupette pour vous calmer. Kilos.

Fin de journée, vous vous apprêtez à repartir. Bientôt. Votre patron s’est lancé dans une démonstration de tours de magie, vous essayez de comprendre. Vous ne captez rien. Vos collègues non plus. Ca vous rassure.

Le téléphone re-sonne. La garderie, cette fois.
Votre stressomètre bondit d’un coup : peu de chance pour que l’on vous appelle à nouveau pour des joues rouges.
En effet. 39°C de fièvre. D’un coup, ça vous intéresse beaucoup moins de savoir comment le 7 de trèfle s’est transformé en as de pique. Un rapide claquage de bises plus tard, et vous voilà le cul dans la bagnole de votre gentil collègue, qui vous ramène prestement à l’école.
Enfin prestement, façon de parler…

Alerte orange météo dans votre département. Il pleut des zèbres (en vrai, il pleut pas des zèbres, mais la pluie fait un truc zébré dans le ciel, alors vous trouvez ça cool de dire « il pleut des zèbres ». Peut être qu’un jour ça deviendra une phrase célèbre genre « la terre est bleue comme une orange ». C’est beau de rêver, hein. D’autant que vous n’êtes pas sûre que c’est ce qui a rendu riche Eluard, Paul de son prénom. L’objectif de pondre un truc génial n’étant bien évidemment pas la gloire, mais la fortune que l’on va pouvoir en retirer. Bien évidemment ! Femme vénale que vous êtes…). Bref, il pleuvait donc des zèbres. Gros embouteillages sur la route.

Coup de fil affolé à MaVoisine pour qu’elle aille récupérer les enfants à l’école. Et qu’elle file une demi-bouteille de doliprane à Mini-Lapine. Urgence.
MaVoisine vous dépanne gentiment (mille mercis. Des millions de fois merci). Vous lui avez flingué sa soirée. Vous êtes désolée.

Après une heure et demi de cul à cul (en tout bien tout honneur) sur l’autoroute, vous arrivez enfin pour récupérer les filles. Mini-Lapine est en train de dépérir sur le canapé. Elle a les joues rouges. Vous culpabilisez et jurez de prendre la maîtresse au sérieux la prochaine fois : « Elle n’a pas mangé et est particulièrement calme, ce n’est pas habituel », vous avait-elle prévenue… Ne voyant que l’avantage de la situation (ENFIN CALME !), vous n’avez pas tiqué…

Voilà. Heureusement, dans tout ça, la galette était délicieuse.
Mais vous tenez à rassurer chacun : une fois l’heure venue d’aller se coucher, Mini-Lapine avait retrouvé toute son énergie ! C’est bourré de ressources, ces petites choses là…