1

Sous la jupe de ma fille

Titre prémonitoire, s’il en est, celui de votre dernier article annonçait la couleur.

4 Septembre, rentrée des classes.
Le week-end la précédent fut délicieux. Braderie de Lille : courage, fuyons !

IMG_20170902_131113

Direction Londres. Mari d’Amour, les filles à la vanille et Mamilou étaient du voyage. Et la chariote à vélo aussi. Sans le vélo. Curiosité aux yeux des londoniens qui vous regardaient passer l’air totalement ahuri devant ce drôle d’engin qui vous valut quelques félicitations dans les magasins : « great ! ». C’est clair, c’était great. L’idée du siècle, que vous aviez eue de l’emmener ! Quand le samedi soir, vous avez recalculé les kilomètres parcourus dans la journée, et que Google Map en affichait 23 – oui !!! 23 !!! – vous avez mentalement revécu votre journée sans l’option chariote et vous êtes laissée allée à la pensée que vous étiez véritablement un génie d’avoir rapporté l’engin. Un génie. Enfin rendons à César ce qui est à Mari d’Amour (il ne vous en voudra pas), car c’est bien lui qui a eu la fameuse idée qu’elle est bonne.

Purée, 23 kilomètres à pieds (en chariote pour les filles), vous en tombez de fatigue rien que d’y penser !

Vous passez bien évidemment les quelques détails de ce week-end : comme celui de vous être retrouvés perdus dans les rues de Londres sans l’adresse de l’appart que vous aviez loué, sans plan pour vous repérer, sans batterie dans votre téléphone pour regarder Google Map ou aller consulter l’adresse où vous deviez vous rendre, sans possibilité de recharger votre portable car vous n’aviez pas l’adaptateur de prise, ne pouvant compter que sur votre mémoire pour tenter de reconnaître la rue dans laquelle vous vous étiez garée le matin même. Gros moment de solitude à 5. D’engueulade aussi, sinon c’est pas drôle dans ces moments là. Si un petit « espèce d’abruti » ne vous échappe pas à un moment donné dans ce genre de situation, vous pouvez être sûr que ce n’est pas un épisode si savoureux que ça. Celui ci l’était, incontestablement. D’autant que Mamilou s’aperçut bien plus tard, bien après la fin de la bataille, qu’il lui restait encore 8% de batterie. Heureusement, Mari d’Amour et vous même avez appris à maîtriser vos pulsions meurtrières de façon remarquable. Seul un petit tic facial d’agacement aurait pu vous trahir, mais personne ne remarqua rien. Mamilou fut pardonnée, vous avez l’habitude des « Mamiloutades ».

De ce fait, quand Mari d’Amour – encore lui – vous tira de ce mauvais pas, vous poussâtes un ouf de soulagement. Poussâtes, quel mot délicieux, n’est-ce pas ?

Avec 23 kilomètres dans les pattes, inutile de préciser que vous vous contentâtes d’un plat cuisiné acheté au supermarché du coin. Contentâtes, j’assume. Inutile de préciser non plus, pour qui le connaît un tant soit peu, que Mari d’Amour ne réussit pas à attendre la sonnerie du micro-ondes, et qu’il ronflait bien avant que son plat ne soit réchauffé. Vous tentâtes – tentâtes, parfaitement ! – de le réveiller, en vain. Un vague « arrête de me faire chier » sortit de ses lèvres entre deux ronflements, vous n’insistâtes pas.

Et c’est à ce moment précis du récit que vous vous demandez comment vous en êtes arrivée à l’emploi du passé simple. Non, parce que soyons clairs, ça commence à vous gonfler sévère, ces conjugaisons à la noix.

Repassons donc au présent. Sans transition aucune.

Le lendemain, donc, vous vous réveillez dans votre appartement londonien, encore empli des effluves de plat cuisiné non consommé.

Aujourd’hui, vous prendrez la voiture, faut pas déconner. De plus, demain c’est la rentrée, il faut économiser vos forces ! De relève de la garde, en visites, de restos en boutiques, voici l’heure de repartir arrivée (remarquez un peu la figure de style dont vous ignorez le nom – si elle en porte un – : « l’heure de repartir arrivée ». Paul Eluard sors de ce corps ! Corneille, sors de ce corps ! Hugo, sors de ce corps !).

Sur la route vers le shuttle, vous manquez de vous tuer au moins dix fois, en raison de l’absurdité du code de la route anglais, leur imposant de rouler à gauche. N’a-t-on pas idée, franchement…

Bien évidemment, vous ratez le shuttle, sinon, ce n’est pas drôle.

Veille de rentrée, 21h30, vous retrouvez enfin le sol français et sa conduite à droite. 22h30, vous franchissez le seuil de votre appart, une fille endormie sous chaque bras.

Un peu tard pour une veille de rentrée, vous en convenez bien. Mais la braderie, ce n’était pas possible non plus. Aucun djihadiste n’a fait péter la ville, aucun mec bourré n’est venu se soulager dans le hall de votre résidence, aucun tas de moule ne trône dans votre salon, mais quand même. Vous vous félicitez de ce WE londonien.

Au dodo maintenant.

Et là, vous regardez le titre de cet article, et vous vous dites : mais où veut-elle en venir ? J’y viens, j’y viens.

Or donc, le jour de la rentrée arrive enfin. Car le fin mot de l’histoire est bien là, et il n’a strictement aucun rapport avec Londres.

Votre fille, un brin la tête ailleurs qu’entre les deux oreilles, se réveille avec difficulté. Déjeune encore endormie. Et s’habille. Une robe, des chaussettes, un gilet, ses petites couettes et sa culotte. Qu’elle oublie d’enfiler. C’est que le WE a Londres l’a toute retournée, la pauvre enfant…

Vous sommez votre progéniture d’aller faire un dernier petit pipi avant de partir au front. Lapinette – car il s’agit d’elle – vous hurle qu’elle n’a pas mis sa culotte. Vous lui en fournissez une autre, pas le temps de chercher la précédente, perdue parmi les coussins du canapé. Et pressez tout le monde de partir.

Sans un pleur, vos enfants entrent en classe. C’est limite vexant pour vous, cette indifférence, alors que tous les autres lardons suintent de larmes à l’idée de quitter leurs parents. Vous le ferez un jour payer à vos filles ingrates.

La journée se passe comme un jour de printemps : fleurie et légère, cette journée sans enfant sent la liberté.

16h. L’heure de la revoyure. La progéniture s’échappe tel du bétail lâché dans les champs après la traite.

Et voici que l’atsem vient vers vous et vous glisse à l’oreille : « J’ai mis une culotte à votre fille, elle n’en avait pas ce matin… »

Vous êtes mortifiée. Vous lui avez filé deux culottes, elle n’a pas été fichue d’en mettre une seule !!! Mais qu’avez vous raté dans son éducation ??? Peut être est-ce le WE à Londres qui l’a traumatisée. Les anglais, la conduite à gauche, le volant à droite, l’odeur d’humidité de ce pays insulaire, comme dirait Mamilou, le soleil du samedi, la pluie du dimanche, la désorientation ou le manque de sommeil …

Bref, sous la jupe de votre fille, le jour de la rentrée, il y avait ses fesses, et c’est tout. La honte…

Publicités